10 ans du Concert d’Astrée : une soirée en dents de scie

C’est avec un plateau exceptionnel que l’ensemble, fondé il y a dix ans par la claveciniste Emmanuelle Haïm, fêtait ses dix ans en ce 19 décembre 2011 au Théâtre des Champs Élysées. Une soirée généreuse (plus de 3h30 de concert), principalement centrée sur des œuvres de Rameau en 1ère partie (programme détaillé ici) et de Haendel en 2nde partie (programme détaillé ici). Étant difficile de détailler chacune des très nombreuses prestations de la soirée, on trouvera ici la recension des événements qui nous ont semblé les plus significatifs.

Un Concert d’Astrée qu’on a connu en meilleure forme

On avait suivi avec intérêt les énormes progrès réalisés par le Concert d’Astrée au cours des dernières saisons ; l’orchestre avait notamment excellé lors des récentes représentations d’Orlando au TCE et de Giulio Cesare à l’Opéra Garnier. Avec une formation très fournie (16 violons), il a livré ce soir une prestation quelque peu décevante. On regrettera ainsi le niveau assez moyen des solistes (hautbois notamment) ainsi que certains décalages dérangeants (trahissant peut-être un manque de répétition ?). Même constat pour le choeur, peu intelligible et bien loin des superbes ensembles entendus récemment (RIAS Kammerchor, English voices, etc.).

Emmanuelle Haïm n’est en outre pas parvenue à donner par l’intermédiaire de son orchestre un minimum de cohérence à cette soirée qui s’apparentait davantage à un empilement de performances individuelles. La faute peut-être au programme, certes fourni et généreux, mais un peu trop décousu (entre grands classiques, chœurs, extraits d’oratorios etc.) pour fournir la cohésion indispensable à ce type de concerts.

On commence par le pire…

La soirée a livré son petit lot d’horreurs, à commencer par l’insupportable version de l’air de la Folie de Platée par Patricia Petibon. Venue (oh quelle surprise !) avec son désormais fameux chapeau haut de forme rouge et se livrant à de grotesques pitreries au détriment de sa diction (on en oublierait que le texte est en français !), la soprano qui sait par ailleurs être convaincante (cf son récital Mozart l’an passé), n’a fait que tenter de masquer des graves inaudibles et autres défauts techniques plus ou moins avouables. On est bien loin de la classe d’une Mireille Delunsch interprétant ce même air à l’occasion des … 20 ans des Musiciens du Louvre en 2003 ! Marijana Mijanovic livre quant à elle une prestation tout simplement inaudible du pourtant superbe air de bravoure « Fammi combattere » du rôle titre d’Orlando. Enfin, Magali Léger, peu aidée par l’orchestre et la violon soliste, a été constamment en difficulté sur « Un pensiero voli in ciel » extrait d’Il Delirio Amoroso.

Quelques stars à la traine

On aurait hélas pu ranger dans la même catégorie la prestation quelque peu surréaliste de Rolando Villazón – peu applaudi comparativement aux triomphes qu’il déclenchait il y a quelques années à peine, ce qui nous a valu un petit pincement au cœur – dans l’air « Ciel e terra » extrait de Tamerlano. Très peu à l’aise avec la vocalita haendelienne, le ténor dont le timbre a beaucoup changé et dont la puissance s’est amoindrie, a lui aussi semblé en constante difficulté. De façon plus surprenante, Philippe Jaroussky, a peu convaincu : peu à l’aise dans un exercice (par ailleurs très laid et totalement inadapté) de cross-over sur Purcell, il est apparu par trop lisse dans le « Venti, turbini » de Rinaldo ; l’exécution est impeccable, certes, mais quel manque de panache ! Natalie Dessay, enfin, a laissé une impression plutôt désagréable : voix instable, aigus forcés … elle a quand même réussi à convaincre dans le da capo du « Se Pieta » (Giulio Cesare), grâce à un sens théâtral assez bluffant.

Des espoirs prometteurs

Entrant sur scène avec fracas et d’un glamour à faire frissonner les admirateurs d’Anna Netrebko, Sonya Yoncheva fait un effet boeuf avec un air extrait des Indes Galantes. D’une voix souple, généreuse et sensuelle, on aurait aimé l’entendre également dans un extrait d’Agrippina étant donné ses récents triomphes à Dijon et Lille dans le rôle de Poppea sous la direction de Haïm. De même, Jaël Azzaretti (mais faut-il encore la ranger dans la catégorie des espoirs?) a assuré a chacune de ses interventions, en particulier dans le quatuor extrait de Il trionfo…

Les valeurs sures au rendez-vous

Sandrine Piau, dont on ne compte plus les interprétations d’airs de Cleopatra sur la scène du TCE, a encore une fois montré sa technique parfaite, sa grâce tout en finesse et son impeccable maîtrise du bel canto haendelien. Ann Hallenberg s’est quant à elle livrée à un joli exercice d’ornementation – de sur-ornementation même! – sur le célèbre « Lascia ch’io pianga ». Stéphane Degout a finalement livré le plus beau moment de la soirée : un incroyable « Monstre affreux » extrait de Dardanus.

La soirée s’est terminée sur une note sympathique, le public reprenant en choeur l’Hallelujah du Messie, avec les stars réparties dans le public se joignant à l’ensemble (pour le plus grand plaisir de Martine Aubry présente dans la salle). En bref, une soirée qui nous a réservé le meilleur comme le pire mais qui a surtout été trahie par son manque d’homogénéité. Le récital Haendel donné l’an passé au même TCE et qui avait réuni Sandrine Piau, Philippe Jaroussky, Marie-Nicole Lemieux et Topi Letiphu, avait été de façon incontestable une bien plus grande réussite.

10 ans du Concert d’Astrée : une soirée en dents de scie
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