Les 30 ans des Musiciens du Louvre-Grenoble : un anniversaire plein de promesses

Gala Mozart – Paris, Salle Pleyel, 23/10/2012

Marc Minkowski

En trente ans, les Musiciens du Louvre, devenus Louvre-Grenoble en 1996, auront su évoluer. De répertoire déjà, puisque s’ils ne délaissent pas Haendel (Alcina et Tamerlano récemment), leur regard est maintenant résolument tourné vers le 19e siècle : intégrale des symphonies de Schubert chez Naïve, concerts autour de Wagner et représentation des Contes d’Hoffmann très prochainement. Cette évolution s’est accompagnée d’une extension notable de la taille de l’orchestre (qui joue rarement à moins de 40 musiciens, même dans le baroque) et d’une notoriété grandissante à l’étranger, et en Autriche tout particulièrement où les MDLG ont l’honneur d’être considérés comme un orchestre de tout premier ordre. Dix ans après Rameau, retenu pour le 20ème anniversaire de l’orchestre, Marc Minkowski a choisi Mozart pour ces 30 ans, compositeur que l’orchestre a au final très peu enregistré (un disque de symphonies), mais qui leur a récemment ouvert les portes du Festival de Salzbourg (Mitridate, Cosi et bientôt Lucio Silla).

Marc Minkowski, Philippe Jaroussky, Marianne Crebassa, Véronique Gens, Maria Savastano, Anna Bonitatibus, Mireille Delunsch

Forfait d’Anne-Sofie von Otter, maladie de Julia Lezhneva et de Sonya Yoncheva (qui n’ont pu chanter l’intégralité de ce qu’elles avaient prévues), le programme initial a été chamboulé et a dû compter sur le renfort de la jeune argentine Maria Savastano, dont il faut saluer l’aplomb et la fraîcheur (en Susanna notamment), même si la voix est encore un peu acide. Regret aussi pour Julia Lezhneva qu’on aurait dû entendre en Fiordiligi à la place de Véronique Gens, et qui n’a au final participé qu’au trio de Cosi, à un extrait de la Flûte (en 1er petit garçon!) et à quelques ensembles. Ces rares moments auront confirmé l’extrême solidité de la technique vocale de la jeune soprano russe. Véronique Gens aura du coup chanté ce soir deux airs (« Come scoglio » donc et « Non piu di fiori » de Vitellia), nous paraissant bien raide et peu assurée dans ces deux rôles qui l’ont toujours dépassée : l’exécution musicale est propre, mais quel manque de couleurs et d’éclat! Réserves encore plus importantes concernant Mireille Delunsch laquelle,  outre sa tête d’enterrement tout au long de la soirée, n’a pu, en l’absence de mise en scène, que révéler les limites techniques de sa voix vieillissante dans des rôles écrasants (Elettra, Donna Anna).

Mis à part ces quelques difficultés, la soirée aura été un festival de beau chant mozartien, ce qui nous réjouit d’autant plus qu’il a été donné par de très jeunes voix qu’on sera amené à revoir prochainement … que de belles promesses en perspective ! Côté Messieurs, Florian Sempey, doté d’une voix claire et puissante et d’une belle présence scénique, a été un très beau Don Giovanni. Topi Lehtipuu, qu’on n’avait jamais entendu si bien chanter, a ébloui dans l’air « A te, fra tanti affanni » extrait de l’oratorio Davide Penitente », tandis que que Mika Karès a été l’impressionnante basse qu’il faut en Osmin ou en Commandeur. Excellentes prestations également de Christian Helmer et Stanislas de Barbeyrac.

Sonya Yoncheva

Mais ces beaux moments ont été presque masqués par trois prestations qu’on n’est pas prêt d’oublier. Sonya Yoncheva, timbre pulpeux, voix crémeuse et incroyablement facile du grave à l’aigu, a ébloui dans le célébrissime « L’amerò, sarò costante » extrait d’Il Re Pastore, avec un très beau violon solo de Thibault Noally. Et quelle présence rayonnante ! En dépit d’apparitions trop rares ce soir, Marianne Crebassa a renouvelé le miracle de Salzbourg 2012 : chaque note, chaque inflexion, chaque murmure tombe juste, le tout accompagné d’une technique et d’un style totalement maîtrisés à moins de 25 ans. C’est bien simple, on ne souvient pas avoir entendu de Cherubino si marquant depuis une décennie. Enfin, dans le sublime air de concert avec pianoforte obligato « Ch’io mi scordi di te? » , Anna Bonitatibus, trop rare sur les scènes françaises, donne une véritable leçon de chant : maîtrise du souffle et de la tessiture extrêmement tendue de l’air, ornementation tout en finesse et toujours à propos, demi-teintes magnifiques,  dialogue avec le clavier (l’excellentissime Francesco Corti, tout en délicatesse). C’était à vous arracher des larmes.

La soirée s’est terminée par de belles surprises et quelques curiosités. En invité-mystère, Philippe Jaroussky (alias Philys Orlovsky comme l’indiquait le programme !) a livré une étonnante version du « Voi che sapete » de Cherubino, un peu tendu par la tessiture aiguë de l’air mais agréablement orné. En rappel, deux extraits de la grande Messe en ut et un extrait de la Posthornserenade. On retrouvera cette Messe en ut en tournée en 2013 puis probablement au disque – projet original puisque, comme ce soir, les choeurs seront chantés par les solistes (8= 2×4 chanteurs).

En attendant, longue vie aux Musiciens du Louvre, et bravo pour ce concert qui, on le répète, aura révélé les plus belles promesses mozartiennes. C’est peu dire qu’on attend avec impatience les Fiordiligi de Julia Lezhneva, les Donna Anna de Sonya Yoncheva, les Idamante et Cherubino de Marianne Crebassa ou encore les Donna Elvira d’Anna Bonitatibus !

Note : ce concert sera retransmis sur Mezzo le 26 novembre 2012. 

 

Les 30 ans des Musiciens du Louvre-Grenoble : un anniversaire plein de promesses
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