Triomphe au TCE pour Aci, Galatea e Polifemo de Haendel

Haendel – Aci, Galatea e Polifemo

Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 19/10/2013

Aci, Galatea e Polifemo est une serenata composée par Haendel, alors âgé de tout juste vingt ans, au cours de son séjour en Italie. La première représentation eu lieu à Naples le 19 juillet 1708, probablement à l’occasion des festivités d’un mariage. La partition, comme toutes celles écrites par Haendel à cette époque (La Resurrezione, Agrippina, Il Trionfo …), se caractérise par une extrême richesse dans l’orchestration et une immense variété dans l’écriture vocale. Il est vrai qu’Haendel, à l’aube de sa carrière, avait encore tout à prouver. Les trois personnages furent probablement créés par trois hommes : deux castrats dans le rôle des deux amoureux et Antonia Manna (un prêtre napolitain!) dans celui du cyclope Polifemo. Emmanuelle Haïm avait déjà donné cet Aci en 2002 au TCE puis l’avait enregistré dans la foulée chez Virgin Classics (avec Piau, Mingaro et déjà Naouri). Cette nouvelle production, bien supérieure aux premiers essais d’Haïm, est mémorable en tout point.

Lydia Teuscher, Delphine Galou, Emmanuelle Haïm (à Lille)

En Galatea, Delphine Galou, que l’on découvrait ce soir, est renversante. Avec une voix de contralto homogène sur toute la tessiture, sans aucune vulgarité dans le grave, elle présente un portrait du personnage absolument parfait, tour à tour virtuose et bouleversante. La soprano allemande Lydia Teuscher n’est pas en reste dans le rôle d’Aci. La voix est plus ronde et plus pulpeuse que celle de Piau, capable de magnifiques pianissimo dans l’aigu. Les voix des deux jeunes femmes se marient en outre parfaitement, donnant lieu par exemple à un ensorcelant duo d’ouverture. Le rôle du méchant cyclope Polifemo est l’un des plus terrifiants jamais écrits pour une voix de basse : tessiture meurtrière (du ré-1 au la-3), virtuosité inhabituelle pour ce type de voix. Laurent Naouri y est époustouflant : la performance vocale est déjà impressionnante, mais Naouri réussit en outre à parfaitement incarner le personnage. Il faut admirer l’artiste qui se lance dans un tel défi après plusieurs années de carrière.

Laurent Naouri, Violaine Cochard

En très grande forme ce soir, le Concert d’Astrée répond pleinement à l’exigeante écriture instrumentale de Haendel :  son brillant, pâte sonore superbe et prestations éblouissantes des instrumentistes, sollicités dans de nombreux soli (en particulier Matthews Truscott au violon, Jean-Marc Philippe au hautbois, Héloïse Gaillard à la flûte à bec). Il faut dire qu’Emmanuelle Haïm, est dans cet Aci comme un poisson dans l’eau, imaginative et alerte.

Au final, un triomphe du public qui rappelle plusieurs fois les artistes (et donne lieu à un bis du trio final). Triomphe réjouissant et étonnant pour une partition somme toute peu connue. Natalie Dessay, présente dans la salle et maintenant simple spectatrice depuis son retrait la semaine dernière des scènes lyriques, a certainement du apprécier cette mémorable soirée, toute à la gloire de Haendel.

Photos extraites du concert donné à Lille le 14/10/2013 – La Voix du Nord

Triomphe au TCE pour Aci, Galatea e Polifemo de Haendel