Amadis, une résurrection presque parfaite

J.C. Bach – Amadis de Gaule – Paris, Opéra Comique, 02/01/2012

Après la récente découverte de l’opéra Zanaïda ou le récital La dolce fiammiade Philippe Jaroussky, la résurrection de l’oeuvre de Jean-Chrétien Bach se poursuit avec bonheur. Quelques semaines après une création à l’Opéra royal de Versailles, fidèle à sa programmation toujours ambitieuse, l’Opéra Comique présentait en version scénique cette œuvre bien à part dans le catalogue du dernier fils Bach. Amadis, commandé par l’Académie royale de musique en 1779, est en effet l’unique tragédie lyrique du compositeur, et sa structure est donc bien différente des opéras serie avec prime donne et castrats qui firent sa gloire quelques années auparavant à Londres.

Avec ses récitatifs accompagnés, ses mélodies simples et l’importance accordée au texte – et comment puisque le livret est celui que Philippe Quinault avait créé pour Lully 50 ans auparavant -, Amadis s’apparente plutôt des œuvres de Gluck. Jérémie Rhorer en tire même de nombreux parallèles avec l’Idomeneo de Mozart, en termes d’orchestration notamment. Sans atteindre le génie des opéras de son cadet, l’Amadis de Bach se révèle une œuvre passionnante, très efficace d’un point de vue dramaturgique, et d’une orchestration brillante et d’une grande variété.

La mise en scène de Marcel Bozonnet, sobre et classique, nous réserve de très beaux tableaux (si l’on ferme les yeux sur les costumes et masques assez grotesques) et s’avère d’une relative efficacité pour guider le spectateur contemporain dans cette intrigue invraisemblable et alambiquée à souhait.

Dans le rôle titre, Philippe Do fait valoir une certaine aisance dans la tessiture parfois tendue du personnage et d’une belle déclamation. Son timbre est toutefois assez quelconque et le brusque (et fort curieux) passage virtuose final le prend un peu de court. Championne à l’applaudimètre, dans le rôle certes très valorisant de la méchante Arcabonne, Allyson McHardy fait preuve d’une belle gouaille. Un cran au-dessus, Hélène Guilmette dont on avait découvert au disque le timbre délicieux, nous ravit par sa voix claire teintée d’une belle fragilité. Au final, ce sont les – hélas trop courtes – interventions de Julie Fuchs qui ce soir font sensation. Dans le rôle de la première Coryphée, elle fait montre d’une grande virtuosité avec ses aigus et vocalises emmenées avec panache. Une chanteuse à revoir au plus vite.

De façon générale, on regrette toutefois que la diction (ô combien importante dans la tragédie lyrique, surtout pour une représentation en France !) soit sacrifiée tout au long de la soirée par la plupart des interprètes. On plaint les spectateurs ayant assisté aux représentations de Versailles, qui n’ont pu compter sur le secours d’aucun dispositif de surtitrage…

Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles, trop clairsemés, paraissent un peu faibles. Quant à Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie, on loue encore et toujours la superbe présence des vents, très sollicités (excellentissime flûte solo), et une direction précise et attentive aux moindres détails. Mais note une fois de plus que Rhorer, pour marquer la spécificité de son ensemble – qu’il revendique comme « classique » et non « baroque » – refuse de recourir à tout effet par crainte de grandiloquence baroquisante. De fait, tout ce qui est gagné en finesse est perdu en puissance.

De façon générale, on repart avec le sentiment d’avoir assisté à une résurrection presque parfaite, même si l’on aurait rêvé qu’elle se fasse avec un peu moins de respect et de délicatesse, et plus de folie. En tout cas, on redemande du Jean Chrétien Bach !

Amadis, une résurrection presque parfaite
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