Anna de Amicis (1733 – 1816)

Anna de Amicis

Cette soprano napolitaine, l’une des plus grandes cantatrices du XVIIIe siècle, fait l’objet d’une double actualité : la redécouverte récente de la partition de l’opéra Zanaida de Jean-Chrétien Bach (concert le 15 septembre dernier à la Cité de la musique, reprise prévue au Théâtre de St Quentin en 2012) et la sortie d’un récital par la soprano roumaine Teodora Gheorghiu (aucun lien de parenté avec Angela).

Anna de Amicis, née en 1733, a commencé sa carrière dans l’opéra bouffe vers 1761 et c’est son triomphe en Zanaida au King’s Theater de Londres en 1763 qui l’a véritablement lancée, en tant que prima donna d’opera seria. Dotée d’une voix apparemment très agile et très aiguë, elle est connue  pour avoir créé le rôle de Giunia dans l’opéra Lucio Silla du jeune Wolfgang en 1772 à Milan (un triomphe, il faut dire que ce rôle, annonçant Donna Anna, est probablement l’un des plus intéressants écrits par Mozart, toutes périodes confondues). Après de nombreux triomphes à Milan, Naples et Venise, Anna de Amicis a fini sa carrière en créant (en Italie) le rôle d’Alceste de Gluck. Contrairement à de nombreux chanteurs de l’époque, aucune anecdote croustillante n’est à signaler sur elle (pour une biographie plus détaillée je vous conseille deux excellents sites : Quell’usignolo et Alma Oppressa).

Teodora Gheorghiu

Le récital Arias for Anna de Amicis de Teodora Gheorghiu est l’une des nouveautés les plus intéressantes du moment. Extrêmement à l’aise dans la vocalise mais un peu serrée à l’occasion dans l’aigu, la soprano roumaine peine  à complétement passionner sur la longueur. Cela reste constamment joli et frais alors qu’on attendrait de la fureur ou du tragique. La faute également à Christophe Rousset et ses Talens Lyriques, dont on déplore une nouvelle fois la raideur et un certain archaïsme dans l’exécution. Et pourquoi n’avoir pas proposé plus d’ornementation, on doute qu’Anna de Amicis, avec ce qui devait être sa virtuosité, chantait toutes les reprises sans les varier ! Mais ne boudons pas notre plaisir, l’exécution est de qualité et permet de découvrir des bijoux. Par exemple, cet air de l’Armida abbandonata de Jommelli avec ses cocottes ascendantes et descendantes (que Mozart entendit en 1770 lors de son premier voyage en Italie et qu’il pompa intégralement pour l’air Nel grave tormento de Mitridate!). Ou encore ces splendides airs de la Zanaida de JC Bach, ou le « Que fiero momento » de l’Orfeo ed Euridice de Gluck. A l’écoute de cet album, on mesure toutefois l’extraordinaire avance qu’avait Mozart, même adolescent sur l’ensemble des compositeurs les plus connus du moment : les 4 extraits de Lucio Silla dépassent de loin tout le reste du programme (en invention, beauté musicale, etc.). Un disque imparfait mais indispensable !

Quant à la création de Zanaida, on attendra 2012 pour se prononcer même si à la lecture de certaines critiques, l’œuvre et l’exécution ne semblent pas avoir totalement convaincus (présentation extrêmement intéressante de l’oeuvre sur Odb-Opera). Après un récital (là aussi à demi-réussi) de Philippe Jaroussky consacré au Bach anglais, on pourra également découvrir son Amadis en 2012 à l’Opéra comique.

Anna de Amicis (1733 – 1816)
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