Iolanta à Pleyel : le phénomène Anna Netrebko

Tchaïkovski – Iolanta – Paris, Salle Pleyel, 11/11/2012

L’Opéra de Paris ne jugeant pas bon d’inviter celle qui est probablement la plus grande cantatrice en activité, c’est à la Salle Pleyel que les nombreux fans de la diva austro-russe se sont rués en ce dimanche d’automne. Au programme, l’opéra en un acte de Tchaïkovski, Iolanta. Créé au théâtre Mariinsky en 1892, moins d’un an avant la mort prématurée de Tchaïkovski, ce court opéra (environ 1h30 de musique), est une oeuvre rare et lumineuse. Si son argument (une jeune aveugle à laquelle son roi de père ne lui a jamais révélé sa cécité trouve l’amour et la vue) semble de prime abord de peu d’intérêt par rapport à la grandeur tragique des oeuvres plus connues du compositeur russe , le livret est en réalité d’une grande richesse, que ce soit au niveau de la langue ou des thèmes abordés. Surtout, Iolanta comporte de très belles pages d’un lyrisme passionné.

Dans un rôle titre qui semble écrit pour elle, Anna Netrebko éblouit une fois de plus, pour le plus grand bonheur du public qui lui réserve un bon quart d’heure d’applaudissements debout. Il faut dire que la voix de la soprano impressionne toujours, d’une santé qu’on croirait inaltérable, pleinement sonore du plus grave au plus aigu. Sans compter cette couleur si particulière, cette présence de chaque instant qui vous arrime à votre siège du début jusqu’à la fin. Ce soir, Netrebko subjugue également par son approche du personnage, dont elle traduit à merveille tous les sentiments. Enfin, entendre chanter la diva dans sa langue natale  est un véritable luxe. Superbe de nuances, qualité qu’elle ne possédait pas il y a à peine cinq ans, elle réussit le miracle de faire entendre un contre-ut final glorieux, qui passe la rampe de la salle en dépit de la centaine de choristes, instrumentistes et chanteurs !

Sans rien démériter, il faut bien avouer que l’entourage de la soprano pâtit de cette interprétation hors normes. On regretta ainsi chez certains chanteurs des moments un peu tendus (et criés), ou une présence forcément moins électrique. On retiendra tout de même la belle prestation du ténor Sergey Skorokhodov et celle de Lucas Meachem, très applaudi, dans le rôle de Robert de Bourgogne. A la tête d’un Slovenian Philharmonic Orchestra qui montre de belles vibrations (très beaux violoncelles) mais qui ne fait pas toujours dans la dentelle, Emmanuel Villaume mène son affaire de bout en bout sans accroc, subissant plus qu’il ne propose. Mais, on l’aura compris, cette soirée était pour Anna Netrebko…

 

Iolanta à Pleyel : le phénomène Anna Netrebko
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