Arias for Caffarelli / Fagioli

stars 45

CaffarelliCette rentrée 2013 est marquée par la sortie simultanée de plusieurs récitals de contre-ténors consacrés aux grands castrats du 18e siècle : Philippe Jaroussky rend hommage à Farinelli, le prometteur David Hansen sort un flamboyant Rivals. Pour son premier récital chez Naïve, Franco Fagioli a pour sa part choisi de célébrer Gaetano Majorano (1710-1783), dit Caffarelli, dont l’histoire a surtout retenu les innombrables frasques et caprices. La carrière de Caffarelli, débutée en 1726, fut relativement longue puisqu’il ira par exemple jusqu’à créer le rôle de Sesto dans la Clemenza di Tito de Gluck en 1753 ou encore Il trionfo di Clelia de Hasse en 1763. L’album ici présent couvre toute sa carrière avec les compositeurs les plus emblématiques de l’époque : Leo, Vinci, Porpora, Hasse notamment, et même ce Caffaro, qui fut le premier professeur de Caffarelli (d’où son surnom!) alors qu’il était encore enfant, et qui, si l’on en croit l’histoire, décida de son opération.

Nécessitant une voix de soprano, évidemment très agile, le répertoire du castrat, trouve en Franco Fagioli un interprète parfait. Le contre-ténor argentin, dont la technique ne cesse de se perfectionner, est sidérant : le trille est parfait, l’agilité renversante, les sauts de registres impeccablement gérés. Ajoutez à cela une intelligence musicale qui n’a d’égale que celle de Cecilia Bartoli : à ce titre les parties « centrales » des airs  – souvent en mineur – sont fabuleusement habitées. Parmi les nombreux irrésistibles moments du disque, on retiendra ce dialogue avec trompette dans le « Un cor che ben ama » de Sarro (Valdemaro fut le premier opéra chanté par Caffarelli à l’âge de seize ans!), ou encore ce « Odo il suono di tromba guerriera » de Manna qui clot le récital avec des aigus lancés triomphalement jusqu’à un glorieux contre-ré dans la cadence finale ! L’accompagnement d’Il Pomo d’Oro et de son chef Riccardo Minasi est parfait, avec tout le rentre-dedans nécessaire qu’il faut dans ces airs.

Au-delà de l’indéniable intérêt historique, un superbe récital donc, à ranger aux côtés du portrait de Farinelli par Vivica Genaux et René Jacobs. Il n’en reste pas moins que, malgré la qualité de l’interprétation, l’enchaînement d’airs de compositeurs qui n’ont tout de même pas le talent de Haendel, est légèrement rébarbatif, en particulier en ce qui concerne les arie les plus lentes. Le succès récent de l’Artaserse de Vinci n’a-t-il pas prouvé à quel point l’enregistrement d’une intégrale permettait, plus encore qu’un récital, de comprendre l’engouement de l’époque pour l’opéra seria et de ses castrats. Mais ne boudons-pas notre plaisir !

Arias for Caffarelli / Fagioli
Mot clé :