Au TCE, une nouvelle déclaration d’amour de Cecilia Bartoli à son public

Cecilia Bartoli – Récital « St. Petersburg »
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 1/11/2014

Après la Vienne classique il y a un an à la Salle Pleyel, Cecilia Bartoli présentait ce soir au public du TCE son dernier récital, consacré à des compositeurs émigrés à Saint Pétersbourg au XVIIIe siècle. L’occasion de découvrir sur scène de véritables perles, qui prennent tout leur sens en concert, où, comme à son habitude, la cantatrice romaine ajoute à la performance vocale ce supplément d’émotion qui fait le prix de concerts uniques. Il n’y a qu’à écouter le silence qui se fait dans la salle dès sa première aria, « Vado a morir » d’Araia, où elle parvient  instantanément à faire chavirer le public. Bartoli est ce soir, programme oblige, plus en retenue qu’en puissance, plus en murmures qu’en démonstration de virtuosité. La fin du récital la voit toutefois changer de registre, avec deux extraits de la Clemenza di Tito de Hasse, dont le fameux « Vo disperato a morte », jusqu’à un « Nobil onda » final (Porpora) où le lyrisme des arie du début de programme n’est plus qu’un vague souvenir. Programme passionnant, jusque dans les intermèdes musicaux (jamais trop longs, toujours dans le ton), avec une Cecilia Bartoli en grande forme vocale, même si on la sent s’économiser, notamment en termes de puissance.

Et s’économiser, il le fallait ! Car ce récital, pourtant sublime, nous aurait presque laissé sur notre faim, insatiables que nous sommes, s’il ne s’était terminé par une sorte de « troisième mi-temps » composée de 5 bis hallucinants. Jugez-en : Bartoli revient tout d’abord pour « A facile vittoria » de Steffani, où elle se livre dans la cadence finale à un irrésistible duel avec la trompette que n’aurait pas renié Farinelli. Suit un déchirant « Sovvente il sole » de Vivaldi (avec hautbois solo en place du violon), un « Destero dall’empia Dite » (Haendel, Amadigi) ou elle retrouve virtuosité et panache avant de nous arracher à nouveau des larmes par un irréel « Sol da te » (Vivaldi, Orlando furioso ; transposé pour l’occasion quelques tons plus haut que l’original). En guise de conclusion, pour le plus grand bonheur du public, la Bartoli revient une ultime fois, costume russe et chapka à la clé, pour clôturer le récital par le tonitruant « Razverzi pyos gortani, laja » de Raupach.

La cantatrice romaine n’a pas toujours été par le passé accompagnée de façon irréprochable lors de ses tournées. On se souvient notamment de prestations un peu hasardeuses ici même avec le Kammerorchester Basel, sans chef, l’obligeant à battre la mesure tout en chantant, et dos aux musiciens ! Hier, luxe absolu, I Barocchisti est ébouriffant de virtuosité et de panache, comme en témoignent un superbe mouvement de l’Ouverture n°6 de Veracini ou une incroyable ouverture de Germanico in Germania de Porpora. Il faut enfin citer les brillantissimes solistes de l’ensemble qui ont hier soir eu le cran de  se mesurer littéralement à Bartoli, pour notre plus grand bonheur : Jean-Marc Goujon (flûte), Pier Luigi Fabretti (hautbois) ou Jaroslav Roucek (trompette). Diego Fasolis dirige le tout avec énergie, précision et surtout imagination, habitant des pages (1ère partie du programme notamment) qui pourraient tourner à l’ennui. Inutile de préciser que l’on espère de pied ferme que Paris confiera une production lyrique à Fasolis et son ensemble à l’avenir. Et on rappelle qu’il est à la tête d’une discographie fournie mais peu connue, comme en témoignent des versions de référence des Concertos Brandebourgeois ou des Quatre saisons.

Les récitals de Cecilia Bartoli ont ceci de particulier qu’à la sortie, on ne voit que des mines réjouies et des milliers de personnes à qui elle redonne la pêche. Plus encore qu’un triomphe et qu’un accomplissement artistique, la soirée d’hier était finalement une véritable déclaration d’amour de Cecilia Bartoli à son public. Une artiste décidément sans équivalent dans le monde lyrique.

Au TCE, une nouvelle déclaration d’amour de Cecilia Bartoli à son public
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