Betulia liberata (Mozart) / Gaigg

stars 45

betulia_liberataLa Betulia Liberata, action sacrée composée en 1771 par un Mozart encore adolescent, ne fut probablement jamais représentée de son vivant. L’œuvre avait été commandée par un prince d’Aragon, Giuseppe Ximenes, résidant alors à Padoue, et pour une raison obscure l’exécution fut finalement annulée (voir le site ODB pour plus de détail). Le livret de Métastase, très souvent mis en musique (par Jommelli et Salieri notamment), est tiré du Livre de Judith, et narre la délivrance du peuple d’Israël du joug d’Holopherne (ce dernier n’intervenant pas dans l’oratorio). Cette Betulia comporte six personnages, suit le modèle de l’oratorio italien de l’époque et enchaîne les airs sans toutefois revêtir dans l’ensemble la virtuosité débridée des opéras seria de Mozart composés à cette époque (Mitridate, Lucio Silla). Délicieuse de bout en bout, plusieurs moments étonnants s’en détachent, comme cette stupéfiante ouverte en ré mineur ou encore cet air d’Ozia « Pieta, se irato Dei », entrecoupé d’interventions chorales.

L’héroïne, Judith, confiée à une voix de contralto – fait rarissime chez Mozart, est  interprétée avec beaucoup de dignité et de profondeur par la jeune Margot Oitzinger. En Amital, une noble dame israélite, Marelize Gerber fait valoir une superbe voix claire de soprano. On louera également la prestation du ténor Christian Zenker, qui se joue avec panache des terrifiantes vocalises de son air d’entrée. Il n’en reste pas moins qu’il faut faire vivre ce type d’œuvre, ce que réussit brillamment l’Orfeo Barockorchester et sa chef Michi Gaigg. La réalisation instrumentale est superbe : incisive, précise, imaginative. Quelle merveille ce continuo qui participe et commente l’œuvre ou encore cette ornementation toujours en finesse.

Toute juste manque-t-il peut-être un peu de métier aux voix – dans l’ensemble un peu vertes – et de souffle – comme savait en insuffler l’incomparable Harnoncourt (qui avait dirigé la Betulia en 2007 à la Salle Pleyel). En tout état de cause, on ne s’ennuie par une seule seconde avec ce disque … ce qui le démarque déjà de tous les enregistrements de l’œuvre parus à ce jour (dont beaucoup sont indisponibles). On s’en doute, une version de référence, sans doute pour longtemps !

Challenge Records, 2013 (plus d’infos ici).

Betulia liberata (Mozart) / Gaigg
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