Hervé Niquet sauve Castor et Pollux au TCE

Rameau – Castor et Pollux
Paris, Théâtre des Champs-Élysées, 13/10/2014

Dans le cadre des festivités du 250e anniversaire de la mort de Rameau, le TCE présente une nouvelle production de Castor et Pollux, opéra créé en 1737, mais largement remanié vingt ans plus tard par son compositeur. C’est cette seconde version de l’oeuvre (1754), sans prologue et plus resserrée, qui est présentée ce soir, comme ce sera également le cas cette saison à Dijon et Lille (Barrie Kosky / Emmanuelle Haïm), ou encore à Toulouse avec la reprise du spectacle de Marianne Clément en mars 2015.

Mise en scène sans surprise, mais belle direction d’Hervé Niquet

Le metteur en scène Christian Schiaretti semble avoir voulu revisiter le mythe de Castor et Pollux, symbole de l’amour fraternel, en mettant le public au cœur du drame, comme si la tragédie était en train de se dérouler tout autour de lui. C’est ainsi que le décor unique reprend des éléments (colonnes notamment) de l’intérieur du Théâtre des Champs-Élysées, parcouru de références à l’antiquité. Une mise en scène toujours précise, qui donne lieu à de beaux mouvements et des éclairages bien en phase avec la musique, mais souvent un peu cheap dans son économie de moyens. Une mise en scène qui jamais ne gêne, mais jamais ne passionne non plus. En revanche, on avoue être resté d’abord indifférent, puis agacé, par le traitement des nombreux passages dansés qui parsèment l’oeuvre (près d’un tiers du spectacle), où les chorégraphies signées par Andois Foniadakis deviennent lassantes par leur systématisme « contemporain », au point de menacer le spectacle de finir en queue de poisson.

Hervé Niquet, qui a enregistré de nombreuses œuvres du compositeur dijonnais, dirige ce Castor et Pollux avec la rigueur stylistique qu’on lui connait, insufflant à la soirée tout le souffle et le lyrisme qui manquent à la mise en scène. On a de plus beaucoup apprécié le talent du chef d’orchestre dans son illustration originale de toutes les facettes de l’oeuvre, du plus grandiloquent au plus intimiste (magnifiques accompagnements des airs de Télaïre par exemple). Le Concert Spirituel, toujours alerte, est d’une belle unité, il n’est jamais mis en défaut (les bois en particulier) par l’écriture si audacieuse de Rameau. Mille félicitations également au splendide choeur, tant sollicité dans cette oeuvre.

La révélation Omo Bello

Jusqu’au moindre petit rôle, la distribution est d’abord à acclamer pour son style et son français irréprochables. C’est assez rare pour être souligné, et pourtant c’est la condition sine qua non pour la réussite d’une tragédie lyrique. Si les tessitures tendues de Castor et Pollux les poussent dans leurs derniers retranchements, John Tessier (Castor) et Edwin Crossley-Mecer (Pollux) s’en tirent avec honneur. Le ténor canadien, idéal dans les passages les plus virtuoses, est un certes un peu moins convaincant (de part une projection un peu limitée) dans ceux demandant plus d’autorité. Crossley-Mecer allie quant à lui puissance et fragilité, dressant un portrait particulièrement émouvant de Pollux. En Phœbé, Michèle Losier séduit par sa prestance et son engagement, mais la voix se dérobe un peu sous l’orchestre dans les moments les plus dramatiques. En Télaïre, la jeune soprano Omo Bello est une sidérante révélation, les moyens (projection, amplitude vocale) sont inouïs et pour cette première grande prestation sur une scène parisienne, cette jeune franco-nigérienne (qui remplace Sonya Yoncheva, initialement prévue) a montré une facilité insolente dans la maîtrise du style et la capacité à captiver immédiatement l’auditeur. Mention spéciale enfin à d’excellents seconds rôles, en particulier le jeune ténor belge Reinoud van Mechelen, époustouflant dans chacune de ses interventions (un spartiate, un athlète, Mercure), notamment dans le terrifiant « Éclatez, fières trompettes » et ses contre-ut qui clôt le 2e acte.

Hervé Niquet sauve Castor et Pollux au TCE
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