Bartoli à Pleyel : l’émotion jusqu’à l’insoutenable

Récital Cecilia Bartoli – « Mozart et la Vienne classique »

Paris, Salle Pleyel, 26/11/2013

Il est 22h passé, Cecilia Bartoli vient de chanter, divinement, pendant près de deux heures et l’Ouverture de l’Olympie de Kraus touche à sa fin. La diva italienne, dans une magnifique robe, revient sur le côté de la scène, l’air soucieux. Sonnent les premiers accords du récitatif de la grande scène écrite par Haydn à Londres en 1795 pour la soprano Brigida Banti. « Berenice … che fai ? » s’exclame Bartoli, déjà presque en larmes. Elle est Bérénice, abandonnée par son amant Demetrio, en proie au délire. On est rentré dans une autre dimension. Près de quinze minutes plus tard, ma voisine qui avait écouté très distraitement le concert jusque là est tétanisée dans son fauteuil, ne pouvant même plus regarder la scène. Dire que Bartoli aura vécu cette scène, vous aura bouleversé est bien loin de la réalité. L’incarnation est intense, l’exécution musicale sublime ; Bartoli est en larmes, tremblante. En des dizaines de récitals, on ne l’avait jamais vue atteindre ce niveau dans l’émotion … jusqu’à l’insoutenable. Les deux (rapides) bis de fin (« Voi che sapete » et l’Alleluja de l' »Exsultate, jubilate ») auront du mal à vous faire reprendre contact avec la réalité.

Retour en début de soirée … Après plusieurs récitals « baroques », on était heureux de retrouver hier soir la Bartoli dans un programme axé sur la « Vienne classique », mêlant airs connus et vraies raretés de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Sans jouer au rabat joie, rien de bien viennois dans l’archi-rabaché motet « Exsultate, jubilate », écrit par Mozart pour le castrat Venanzio Rauzzini. Peut-être aurait-on aimé y retrouver à la place l’air de concert « Bella mia fiamma », qui sera inclus dans le prochain récital que la diva italienne gravera chez Decca autour du programme de ce soir. Pour le reste, Bartoli, en très grande forme, est magnifique de bout en bout. Écoutez ces deux arias de Sesto dans la Clémence de Titus de Mozart : vocalises, style, compréhension et rendu du texte ; qui peut allier autant de qualités dans l’interprétation ?

L’accompagnement du Kammerorchester Basel et de son chef Muhai Tang est solide et bien en place. Les intermèdes instrumentaux sont très bien choisis, comme ce final de la symphonie en sol mineur de Vanhal ou encore cet adagio de la symphonie n° 13 de Haydn, avec le charismatique Christoph Dangel au violoncelle solo. Stefano Barneschi, qui officie également notamment dans le Giardino Armonico, aura en revanche légèrement déçu dans la partie de violon obligé de l’air de Mozart « Ch’io mi scordi di te? … Non temer, amato bene ». On regrette très légèrement le manque de moelleux dans le son de l’orchestre et une légère désorganisation des cordes.

Bartoli à Pleyel : l’émotion jusqu’à l’insoutenable
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