Chevalier à la Rose des grands soirs au TCE

Richard Strauss – Le Chevalier à la rose – Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 18/03/2014

C’est devenu maintenant une excellente habitude : chaque saison, le TCE invite l’Opéra de Munich à présenter, en version de concert, l’un des spectacles de sa saison. L’occasion pour Paris de profiter de distributions exceptionnelles, auxquelles il n’est malheureusement plus habitué. Ce Rosenkavalier était ainsi donné il y a quelques jours au Bayerische Staatsoper, avec toutefois deux chanteurs différents : Alice Coote en Octavian et Mojca Erdmann en Sophie.

Pour beaucoup, le concert donné hier soir valait le déplacement rien que pour la venue du chef russe Kirill Petrenko, directeur musical de l’Opéra de Munich. En effet, sa direction a été des plus éblouissantes : extrêmement attentive au détail orchestral – interventions des vents et des bois notamment -, elle a mis en valeur les qualités de l’exceptionnel Bayerisches Staatsorchester, dont il faudrait louer tous les pupitres, à commencer par un premier violon exceptionnel. Théâtrale mais jamais excessive, sensible mais jamais mièvre, la battue de Petrenko est un miracle d’équilibre.

Le trio de dames est tout simplement inoubliable. Soile Isokoski bouleverse en Maréchale, pour plusieurs raisons. Le timbre, la diction déjà, qui rappellent Elizabeth Schwarzkopf. Et puis quelque chose de plus inexplicable : elle qui n’incarnera probablement plus souvent ce rôle apparaît comme un « double » de cette jeune femme vieillissante qu’est la Maréchale, et, son départ de la scène à la fin de l’opéra, quand elle laisse Sophie et Octavian seuls, est à ce titre des plus émouvants.

Sophie Koch, tout juste revenue de New York où elle a triomphé dans Werther aux côtés de Jonas Kaufmann, est une habituée du rôle d’Octavian. Avec une belle aisance scénique et beaucoup d’abattage, elle mène le spectacle, la voix est superbe sur toute la tessiture. Ses récents emplois plus lourds donnent des accès wagnériens à l’incarnation et le maintien de la voix dans les duos avec Sophie en pâtit très légèrement, mais franchement, pourquoi pinailler devant tant de splendeur vocale ? En Sophie, Christiane Karg remplaçait Mojca Erdmann, et on ne peut que s’en réjouir au vu de sa renversante prestation. Jamais mièvre, elle donne le portrait d’une Sophie combative, avec toutefois les radieux aigus qu’on attend du personnage. On avait découvert la soprano allemande dans un très beau récital Mozart au disque, on rêve maintenant de la découvrir dans d’autres prestations scéniques Inutile de dire qu’avec une telle brochette de cantatrices, le trio final de l’oeuvre, l’un des passages les plus déchirants de l’histoire de l’Opéra, avait de quoi donner des frissons au plus insensible des hommes ! Au sein d’une distribution impeccable jusqu’au moindre petit rôle, impossible enfin de ne pas citer l’irrésistible baron Ochs de Peter Rose.

Photo : Opéra de Munich
Photo : Opéra de Munich

 

Chevalier à la Rose des grands soirs au TCE
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