Une Clémence de Titus d’un beau classicisme au TCE

Mozart – La Clemenza di Tito
Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 10/12/2014

Photos : Vincent PONTET/WikiSpectacle

Poursuivant son cycle Mozart au TCE , Jérémie Rhorer s’attaque au dernier opéra seria de Mozart. Et en propose, comme à son habitude, une vision extrêmement cohérente et fouillée : on admire ce travail d’orfèvre sur les nuances, les ruptures de tempi (superbe final du 1er acte) ou sur les silences (magnifique accompagnement des arias de Vitellia). A ce titre, la Clemenza de Rhorer tient toujours en haleine (pas une minute d’ennui), impressionne ; même si l’on regrette à de très rares moments, l’ivresse dramatique et sonore que d’autres grands chefs ont pu proposer dans l’oeuvre (Jacobs, Harnoncourt). Reste qu’avec Idomeneo ici même en 2012, Rhorer et ses excellents musiciens du Cercle de l’Harmonie atteignent ici le sommet de leur série mozartienne.

Précision et subtilité de la mise en scène

Au lever de rideau, une actrice – incarnant Bérénice, celle que Titus vient de quitter – récite quelques vers de la tragédie éponyme de Racine, comme un symbole de la mise en scène de ce soir, classique et toujours rigoureuse. L’action est resituée dans un hôtel cossu des années 30, mais peu importe, Denis Podalydès jamais ne prend prétexte sur ce choix, qu’on oublie finalement assez vite pour se recentrer sur l’essentiel : le théâtre. Et avec quelle maestria le metteur en scène travaille son matériau ! Les mouvements, les regards, les hésitations, le livret sont transcrits avec une belle précision et le metteur en scène – pourtant virtuose – sait toujours s’effacer devant la musique. Une belle leçon à suivre pour tous ses metteurs en scène à la mode mais souvent tellement creux.

Dans le rôle titre, Kurt Streit constitue sans doute l’unique élément discutable d’une belle distribution. Étrangement nasale dans l’aigu et hachée dans les récitatifs, la voix du ténor délivre pourtant de beaux moments de noblesse et une jolie aisance dans la vocalise. Kate Lindsey – ici même Idamante il y a quelques années – incarne un Sesto on ne peut plus crédible scéniquement, et d’une belle pureté vocale (superbe « Deh per questo istante » au 2e acte). Même si Vitellia et ses écarts insensés de tessiture la poussent dans ses derniers retranchements (jusqu’à rater complètement le contre-ré du trio de la fin de l’acte I), Karina Gauvin est impériale. La noblesse de la déclamation des récitatifs, la souplesse de la ligne (« Non piu di fiori », beau à pleurer) sont associés à une présence magnétique sur scène, elle qui pourtant n’est pas familière des productions scéniques. En Annio, Julie Boulianne propose, avec beaucoup de talent, un parfait double vocal et scénique de Sesto. Enfin, cerise sur le gâteau, les trop rares interventions de Servilia sont sublimées par une Julie Fuchs délicieuse dans ses costumes rétros : projection, aigus … c’est presque miraculeux. Susanna, Zerlina, Pamina : tous les grands rôles mozartiens lui tendent maintenant la main.

Une Clémence de Titus d’un beau classicisme au TCE
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