Concerti grossi (Corelli) / Gli Incogniti, Beyer

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Les Concerti grossi de Corelli, publiés en 1714 un an après la mort du compositeur, constituent pour beaucoup de musiciens une sorte de perfection formelle pour ce genre musical. De ce sommet de la musique baroque italienne, on avait jusqu’ici en référence la version publiée chez Harmonia Mundi par Chiara Bianchini et l’ensemble 415. Cet enregistrement mobilisait un énorme effectif instrumental, à l’image de ce qui pouvait se produire à l’époque de Corelli. Amandine Beyer réunit ici une vingtaine d’instrumentistes au sein de son ensemble Gli Incogniti.

Comme la violoniste l’écrit dans le livret du disque, « difficile de transcrire en mots l’émotion provoquée par une marche de septième ou neuvième ou par l’alternance particulièrement réussie de soli et ripieni« . Difficile également d’exprimer par des mots l’état second dans lequel l’écoute de ce disque vous laisse. Impeccable dans sa réalisation, jusque dans le moindre détail, il est magnifié par une prise de son (en live à l’Arsenal de Metz), qui met en valeur le moindre arpège de luth. D’une agilité sidérante, les instrumentistes ici réunis sont emmenés par un ébouriffant concertino constitué d’Amandine Beyer (1er violon), de quatre incroyables violinistes alternant la partie de 2e violon (Alba Roca, Flavio Losco, Yoko Kawakubo, Helena Zemanova) et de Marco Ceccato au violoncelle. Les traits virtuoses fusent (irrésistible allegro du Concerto N°10, plage 15 du CD2) ; les passages les plus lents sont rendus avec une incroyable émotion (bouleversant mouvement lent du concerto n°7, plage 3 du CD1), certains tutti sont, malgré l’effectif limité, d’une force étonnante (voir l’allegro du Concerto N°6, plage 2 du CD2). Le ton est toujours juste, et c’est une impression de plénitude et d’évidence qui prévaut tout au long de l’écoute du disque.

Écoutez ces brillantes ornementations jamais dans la surenchère ; écoutez ces accords dans les mouvements lents où une chaque note s’entend et se fond dans un mélange (cordes, clavecin, luth) si troublant qu’il en donne le tournis. Qui aurait pensé que la perfection un rien austère de la musique de Corelli puisse être rendue de façon si déchirante ? Sublime !

Zig-Zag Territoires / Outhere Music, 2013

Concerti grossi (Corelli) / Gli Incogniti, Beyer
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