Pari plus que réussi pour Sonya Yoncheva dans les Contes d’Hoffmann

Offenbach – Les Contes d’Hoffmann – Paris, Salle Pleyel, 01/12/2012

Sonya Yoncheva

Ce n’est pas un tonnerre d’applaudissements qui aurait dû accueillir Sonya Yoncheva aux saluts de ces Contes d’Hoffmann, mais une émeute ! Remplaçant Natalie Dessay initialement prévue dans le projet, la soprano bulgare a relevé le défi des trois rôles féminins de l’opéra d’Offenbach avec un aplomb sidérant à ce stade de sa jeune carrière. En dépit d’une voix presque déjà trop corsée pour les légèretés de la poupée Olympia, elle s’y révèle pourtant époustouflante de précision dans les vocalises. De façon très astucieuse, en ne piquant pas les notes mais en les appuyant, elle donne une image presque renouvelée du personnage, et va jusqu’à couronner son air d’un contre mi bémol glorieux. En Antonia, Yoncheva laisse apparaître une voix inondée de sensualité, aux demi teintes bouleversantes, à vous arracher des larmes à chaque instant. Enfin, et c’est peut-être le plus grand étonnement de la soirée, la belle Sonya ne se laisse pas décourager par le caractère dramatique de Giuletta, toujours crédible, toujours audible, et d’un français impeccable. Qui a déjà réussi ce défi avec une telle aisance et une présence aussi rayonnante ? Récemment, personne … Il y a plus longtemps, même Joan Sutherland révélait au disque quelques limites dans les aspects les plus lyriques ou dramatiques. Alors viva la Yoncheva !

Cette performance n’a d’ailleurs pas éclipsé une soirée extrêmement réussie, à tel point qu’on en vient à se demander si de tels projets, consacrés à des opéras français, ne devraient pas trouver leur place à l’Opéra Garnier ou l’Opéra Comique. Certes, il n’y a pas ce soir de mise en scène mais qu’à cela ne tienne, les satisfactions musicales sont bien supérieures ! A commencer par Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre-Grenoble, en très grande forme. C’est notamment le cas d’un pupitre de bois excellentissime du début jusqu’à la fin, avec en particulier Florian Cousin à la flûte. Minko est chez Offenbach comme chez lui, il l’a prouvé à maintes reprises, et son orchestre apparaît finalement presque plus à l’aise dans ce répertoire que dans Mozart. Ce soir, c’est avec précision, humour et un grand professionnalisme qu’il dirige ses Contes d’Hoffmann. Des Contes dans une version inédite et « revisitée » (voir le programme de la salle Pleyel pour plus de précisions).

John Osborn

Outre Yoncheva, la distribution est ce soir sans aucune faille. On pourrait certes reprocher à John Osborn quelques duretés dans la voix, mais quel aplomb là aussi (air de Kleinzach très réussi, notamment) et quelle endurance dans un rôle-titre appelé à être sur scène pendant presque toute la durée de la représentation ! Laurent Naouri, comme toujours excellent dans les rôles de méchants, impressionne par son élégance charismatique et son aisance d’un naturel désarmant. Michèle Losier, bien plus à son aise que dans sa récente Médée au TCE, est également très convaincante en Muse/Nicklausse. Les seconds rôles sont enfin luxueux, à l’instar de Jean-Paul Fouchécourt irrésistible dans les quatre valets, Sylvie Brunet en voix de la tombe ou encore Marc Mauillon en Peter Schlémil/Hermann et Julien Behr en Nathanaël.

Une des plus belles soirées d’opéra de l’année, en dépit d’une salle dont on ne s’explique pas qu’elle ne soit remplie qu’aux deux tiers, un samedi soir de surcroît !

Pari plus que réussi pour Sonya Yoncheva dans les Contes d’Hoffmann
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