Cosi fan tutte (Mozart) / Nézet-Séguin

2etoile

CosiDGIl y a quelque chose d’incohérent dans la démarche proposée ici. D’un côté, cet album prend en compte les évolutions interprétatives des dernières années : orchestre (sur instruments modernes, sauf les cuivres ?) de chambre, allègement de la ligne, ornementation, jusqu’à un pianoforte bavard que René Jacobs n’aurait pas renié. De l’autre, il tombe dans le plus gros des travers pour un opéra de Mozart : vouloir réunir un casting de stars plutôt qu’une distribution homogène (surtout dans un opéra comme Cosi ou les ensembles sont si nombreux).

En ce sens, deux éléments gâchent totalement ce disque. Rolando Villazón est tout bonnement insupportable : toujours dans la surenchère expressive (que ces récitatifs sont épuisants !), sa voix, une fois sur deux un demi-ton trop bas, est en outre loin de suivre le rythme infernal imposé par le chef. Pire, elle met totalement à bas l’équilibre vocal d’ensemble. Mais honnêtement, est-ce une si grande surprise ? Quant à l’insupportable Mojca Erdmann, pur produit Deutsche Grammophon, n’y avait-il vraiment personne d’autre pour incarner le rôle ? Avec un timbre des plus agressifs, elle en rajoute continuellement (façon Petibon) pour masquer les limites d’une voix qui ne vient même pas à bout du personnage de Despina.

En revanche, le Chamber Orchestra of Europe est superbe du début jusqu’à la fin et sauve réellement l’enregistrement du désastre. Mais Yannick Nézet-Séguin, dont il faut louer l’énergie, abuse de sa virtuosité et propose des tempi trop uniformément allants. L’enregistrement live et les inévitables accidents qui y sont associés ajoutent au sentiment de précipitation et au côté « non-fini » du disque. Miah Persson, qui a chanté les plus belles Fiordiligi de ces dernières années, est ici mise en difficulté par la tessiture tendue du rôle dans les ensembles. Ses deux airs sont toutefois superbement interprétés et constituent les rares moments émouvants de l’album. Adam Plachetka (Guglielmo), Angela Brower (Dorabella) et Alessandro Corbelli (Alfonso), loin d’être marquants, incarnent de façon satisfaisante leurs rôles respectifs.

Est-il vraiment raisonnable de poursuivre l’enregistrement des sept « grands » opéras de Mozart avec Villazón (vous l’imaginez venir à bout du rôle de Belmonte ?) et Erdman (par pitié, pas en Susanna) ? Cette série imaginée par Deutsche Grammophon avait tout d’une mauvaise idée, ce que ce 2ème enregistrement (après un Don Giovanni tout aussi mitigé) confirme malheureusement .

Deutsche Grammophon, 2013.

Version conseillée :

Cosi fan tutte (Mozart) / Nézet-Séguin
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