Robert Wilson gâche le Couronnement de Poppée

Monteverdi – L’Incoronazione di Poppea – Paris, Opéra Garnier, 07/06/2014

Troisième volet d’une trilogie Monteverdi présentée par le tandem Robert Wilson / Rinaldo Alessandrini, ce Couronnement de Poppée était créé ce soir à Paris, avant de partir dans quelques mois pour la Scala de Milan. Une première décevante, assez frileusement accueillie par le public parisien ; certains témoignant aux saluts de leur agacement face la mise en scène, d’autres quittant même la salle avant la fin de la première partie, créant ainsi un climat d’écoute pour le moins inconfortable à l’Amphithéâtre. D’autant plus que quelqu’un avait eu l’excellente idée de passer l’aspirateur dans les couloirs, et que la porte était restée ouverte !

Photo : Opéra national de Paris / Andrea Messana
Photo : Opéra national de Paris / Andrea Messana

Le systématisme de Robert Wilson agace

Si vous n’aviez jamais vu de mise en scène de Robert Wilson, ce Couronnement vous a peut-être impressionné, au moins en partie, par son caractère totalement dépouillé (plateau en damier avec seuls quelques éléments de décor), sa gestuelle implacable (les personnages font brusquement tel ou tel mouvement, presque indépendamment du sens du texte). Malheureusement, Wilson emploie pratiquement le même dispositif à chaque fois, et ce systématisme, outre qu’il agace, n’a aucune raison de fonctionner à chaque fois (comme cela était le cas par exemple le très beau Pélléas donné à Bastille). Avec cette mise en scène, Bob Wilson passe ainsi complètement à côté de plusieurs aspects d’une oeuvre, dont le livret est l’un des plus riches de l’histoire de l’opéra : le comique, l’érotisme ou encore l’aspect politique.

D’un point de vue de la réalisation, le système Wilson a également ses limites puisque certains chanteurs, qui ne sont heureusement pas des machines, « relâchent » un peu par moment leur gestuelle, ce qui peut donner à l’occasion un « entre-deux » scénique (Wilson/vide) assez ennuyeux. Même si à certains moments la mise en scène a de la gueule, c’est surtout quand il essaye de proposer autre chose que Wilson réussit à intéresser : par exemple, cette fin de l’acte III, où il réussit à créer une belle atmosphère dans le jardin où Poppée va s’endormir et Othon bientôt essayer de la tuer. Mais, au contraire, beaucoup des scènes clés de l’ouvrage – la scène d’adieu d’Ottavia, la mort de Seneca par exemple – tombent complètement à l’eau.

Dans la fosse, Rinaldo Alessandrini, grand spécialiste de Monteverdi, a réuni une petite douzaine d’instrumentistes de son Concerto Italiano, pour un résultat dont la beauté est inversement proportionnelle à ce faible effectif. Même si l’on avoue préférer un Monteverdi plus orchestré et plus bariolé, la réalisation instrumentale est de toute beauté, apportant un peu de sensibilité (très jolis luth et théorbe), ou de dynamisme (les violons), au milieu de l’ennui causé par la mise en scène.

Photo : Opéra national de Paris / Andrea Messana
Photo : Opéra national de Paris / Andrea Messana

Distribution solide

La principale particularité de la distribution de ce soir était de confier le rôle de Nerone à un ténor (il fut créé par un castrat soprano). Ceci peut s’entendre d’un point de vue dramaturgique, mais a des conséquences musicales fâcheuses, car le rôle est du coup trop grave pour un ténor, et la voix s’accorde moins avec celle de Poppée dans leurs duos. Jeremy Ovenden y est toutefois excellent, son aisance dans la vocalise et la beauté de son phrasé apportant un caractère inhabituellement humain au personnage, qui est souvent caricaturé. Karine Deshayes campe quant à elle une Poppea fière : vocalement très à l’aise, elle manque peut-être un peu de sensualité. En Ottone, on retrouve une excellente Varduhi Abrahamyan, dont le beau contralto, jamais en force, fait merveille. Citons enfin la pétulante et fraîche Drusilla de Gaëlle Arquez. En revanche, les deux personnages tragiques de l’oeuvre déçoivent : Monica Bacelli manque d’autorité en Ottavia et le timbre est assez désagréable, alors qu’Andrea Concetti a une voix un peu trop légère pour Seneca.

Robert Wilson gâche le Couronnement de Poppée
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