Entretien avec … Hasnaa Bennani

Hasnaa Bennani est sans nul doute la révélation lyrique de ce début d’année 2016. Déjà remarquée depuis quelques mois dans diverses productions baroques, on la découvre maintenant dans Haendel et dans le cadre d’un hommage à la cantatrice Francesca Cuzzoni, sorti le 8 janvier.

Un récital splendide, où l’on découvre une voix ensorcelante à tous points de vue : de l’intelligence du phrasé, au sens apporté au texte. La soprano parcourt ces airs d’opera seria, avec une dignité, une grandeur et un naturel (quels da capos!), qui en font déjà une haendélienne avec qui il faudra compter dans le futur. 

Le disque sera présenté au public parisien le 22 janvier prochain à la Salle Gaveau. Un concert à ne manquer sous aucun prétexte  !

Pouvez-vous nous parler de vos débuts et de ce qui vous a conduit à choisir le chant ?

J’ai grandi dans une famille très mélomane : musique classique arabe, musique andalouse, variété française et musique classique occidentale ont cohabité et bercé mes oreilles d’enfant. J’ai commencé ma formation musicale au Maroc par le violon, puis j’ai chanté dans de nombreux choeurs d’enfants et de jeunes dirigés par ma soeur Jalila Bennani – chanteuse et chef de choeur – qui a guidé mes débuts. J’ai ensuite obtenu une bourse du gouvernement français pour étudier en France, ce qui m’a conduit au CNSMDP dans la classe de Glenn Chambers.

Hasnaa BennaniVous avez chanté jusqu’ici beaucoup de baroque français et travaillé, entre autres, avec Marc Minkowski. En quoi ce répertoire vous attire-t-il ?

J’ai une réelle prédilection pour le répertoire français baroque, je m’y sens comme à la maison. J’aime la sensation que procure la prononciation à la française des textes latins, la beauté des textes des grandes tragédies baroques. Côté musique, c’est le raffinement, l’élégance et l’ornementation tellement précise et délicate qui m’attirent.

Comment définiriez-vous votre voix et vers quel type de répertoire ou de rôles souhaitez-vous vous tourner au cours des prochaines années ?

C’est une question délicate que de classer sa propre voix dans une catégorie mais je dirais que je suis un soprano lyrique léger avec une affinité pour le répertoire baroque. J’aimerais de manière évidente continuer à défendre le baroque français, mais aussi italien et allemand. De manière générale, j’aimerais chanter plus de Mozart (Susanna ou Despina par exemple) et j’aime beaucoup travailler avec des compositeurs contemporains, je trouve le travail de création très intéressant à défendre.

Est-ce important pour vous de chanter avec des instruments anciens et avez-vous une formation « baroque » particulière ?

C’est très important. Aujourd’hui, nous sommes capables de restituer au mieux les conditions d’interprétation de l’époque. Pour moi, il est évident qu’il faut essayer de s’en approcher au maximum. Chanter avec des instruments anciens est donc primordial. Après le CNSM de Paris, j’ai suivi un cursus de spécialisation en musique ancienne au CRR de Paris, ainsi que des académies de formation. J’y ai appris à consulter les traités d’ornementation, les différents tempéraments, la déclamation dans le chant, la gestuelle baroque et autres domaines très particuliers à la musique ancienne.

CuzzoniVotre CD tout juste paru et votre récital à venir à la salle Gaveau rendent hommage à Francesca Cuzzoni, pour qui Haendel a écrit de nombreux rôles. Pourquoi ce choix ?

Tout est parti d’une envie de faire un disque ensemble avec l’ensemble Les Muffatti et Peter Van Heyghen. Peter a lu un article sur Francesca Cuzzoni, l’interprète principale de Haendel au moment où il était directeur de la Royal Academy of Music à Londres. Il y avait des témoignages de l’époque qui décrivaient sa voix ainsi que son physique et sa personnalité. Peter m’a trouvé des ressemblances avec cette chanteuse et m’en a parlé. Je tiens toutefois  à préciser que son caractère de diva très sûre d’elle ne faisait pas partie des ressemblances ! Nous avons donc décidé d’y consacrer notre disque. Et nous avons fait une sélection d’une dizaine d’airs sur plus de 80 écrits pour elle.

Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer ?

J’apprécie la relation de fidélité qu’il y a dans les ensembles où je travaille, autant que j’aime la découverte et la richesse musicale que peuvent apporter les nouvelles rencontres. Pour moi le plus important est de s’entourer de personnes qui font la musique pour les mêmes raisons que moi, c’est à dire pour défendre de belles pages, d’y prendre plaisir et d’en faire profiter notre public. Ma plus grande fierté est de partager la scène avec des artistes que j’admire de longue date, c’est toujours très excitant mais aussi très effrayant !

Pouvez-vous nous parler de vos différents projets, à la scène et au disque ?

Il y aura quelques prises de rôles : Belinda dans Didon et Énée de Purcell avec Jean-Claude Malgoire et aux côtés de Véronique Gens et Nicolas Rivenq, ainsi que Berenice dans Scipione de Haendel avec l’ensemble Armonia Atenea au Festival de Halle en Allemagne. Je vais également chanter le personnage d’Oberto dans l’Alcina de Haendel avec l’Accademia Bizantina, aux côtés de Philippe Jaroussky et Sonia Yoncheva ; ainsi que de nombreux concerts de musique de chambre.

Avez-vous d’autres passe-temps à part la musique, et le temps de vous y consacrer ?

J’ai un petit garçon à qui je consacre le plus de temps possible. Je retourne aussi dès que je peux au Maroc pour voir le reste de ma famille. Sinon, je vais nager plusieurs fois par semaine, et je suis complètement accro aux bons petits plats et aux séries américaines !

Entretien avec … Hasnaa Bennani
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