Franco Fagioli met une nouvelle fois le public parisien à ses pieds

Récital Franco Fagioli – « Airs pour le castrat Caffarelli »

Paris, Salle Gaveau, 25/11/2013

Depuis Artaserse, Franco Fagioli est peu à peu devenu la coqueluche du public parisien, qui lui réservait déjà il y a tout juste un an un véritable triomphe dans cette même Salle Gaveau. Le contre-ténor argentin revient ce soir présenter son ébouriffant hommage au castrat Caffarelli sorti à il y a quelques semaines chez Naive. Le programme du récital reprend la quasi-totalité du CD : dix (huit + deux rappels) des onze airs chantés ce soir y figurent. L’occasion d’écouter un programme impeccablement construit, d’autant plus que les intermèdes instrumentaux permettent de découvrir de superbes morceaux, comme cette ouverture du Demofoonte de Domenico Sarro ou encore celle d’Il Ciro riconosciuto de Leonardo Leo. Admirons au passage l’intégrité du chanteur qui n’inclut pas, même en rappel, l' »Ombra mai fu » de Serse, pourtant écrit par Haendel pour ce même Caffarelli.

Franco Fagioli

Ce que l’on adore chez Franco Fagioli, et tout particulièrement en live, ce sont ses prises de risques insensées, comme cette cadence du « Odo il suono di tromba guerriera » (Manna) qui le fait monter jusqu’au contre-ré (même si ce dernier s’est presque terminé ce soir en contre-ut dièse !). Pour un tel récital, il faut faire le spectacle (vocal), tout lâcher, et ce que Fagioli a bien compris, à l’instar d’une Cecilia Bartoli dont il est le digne héritier. Mais on aurait tort de limiter la prestation de Fagioli ce soir à une démonstration de virtuosité, aussi époustouflante soit-elle. Tout comme sa consœur italienne, ce qui sidère chez Fagioli est presque inexplicable ; c’est cette façon si naturelle – et en même temps qu’on sent si travaillée – de sentir la musique. La rigueur certes, mais avec détachement. Alors qu’un Jaroussky ou un Scholl chantent (très bien) de la musique, Fagioli la vit. Bien sûr, même dans une salle relativement petite comme celle de ce soir, la projection n’est pas incroyable, mais quel art et quel accueil du public parisien !

Il faut dire que Fagioli est ce soir superbement accompagné de l’ensemble Il Pomo d’Oro, en effectif « large » (quinze instrumentistes) mais sans hautbois (dont les parties sont confiées aux violonistes ou trompettistes). Emmenés par le bouillonnant violoniste Riccardo Minasi, les musiciens font revivre avec passion cette musique qui reste encore si méconnue. Bien sûr, ces magnifiques ouvertures font presque regretter ce soir de ne pas entendre un opéra entier mais, d’après les rumeurs, la maison de production Parnassus (dirigée par Max-Emmanuel Cencic et Georg Lang, présents dans la salle ce soir) aurait près d’une dizaine de projets en ce sens. En attendant, c’est vers Mozart que Franco Fagioli va prochainement se tourner : Sesto dans la Clémence à l’Opéra de Nancy et Idamante dans Idoménée pour ses débuts au Royal Opera de Londres à la rentrée 2014, sous la direction de Marc Minkowski.

Franco Fagioli met une nouvelle fois le public parisien à ses pieds
Mot clé :