Nina Stemme domine une Fanciulla del West honorable à Bastille

Puccini – La Fanciulla del West – Paris, Opéra Bastille, 07/02/2014

L’ONP a eu la bonne idée de faire figurer dans sa saison 2013/14 la Fanciulla del West, oeuvre de Puccini créée au Met en 1910 et qui n’avait jamais eu les honneurs de la scène de la « grande boutique ». Certes, et en dépit des nombreux articles récents qui s’étonnent de cette longue absence et visent à revaloriser cet opéra peu connu, il faut d’emblée préciser que cette « jeune fille du Far West » est – et restera – une oeuvre mineure du compositeur italien. Avec son absence totale d’airs, son intrigue bancale à mille lieux de l’efficacité dramatique chère à Puccini, et son orchestration certes riche mais dépourvue du lyrisme d’une Bohème ou d’une Madame Butterfly, la Fanciulla del West n’est pas près de remplacer ces derniers ouvrages dans le répertoire des grandes maisons d’opéra. Pour autant, découvrir une oeuvre méconnue est toujours une expérience plus enrichissante qu’écouter une énième Tosca (que l’ONP accueille quasiment chaque année et qui figurera à nouveau dans la saison 2014/15).

westSi cette nouvelle production donnée à Bastille vaut le déplacement, c’est avant tout pour le personnage de Minnie, qui est sans doute une des figures pucciniennes les plus intéressantes et dont l’évolution au fil de l’ouvrage – comme le montre très bien la mise en scène de Nikolaus Lehnhoff – est la plus marquée. Amoureuse et fragile, Minnie est également un meneuse d’hommes qui fait régner la loi dans l’univers viril des chercheurs d’or des années 1850.  On était donc particulièrement curieux de découvrir la façon dont Nina Stemme allait incarner le personnage. La plus grande chanteuse wagnérienne du moment serait-elle à sa place dans une oeuvre très différente – à la fois vocalement et dramatiquement – de son répertoire habituel ? La réponse est oui. La soprano suédoise, impériale sur toute la tessiture du rôle ainsi qu’en termes de projection, n’a pas eu de mal à dominer de son aura la distribution, malgré un premier acte un rien prudent. Nous n’avons pas pu entendre Marco Berti en Dick Johnson, le ténor souffrant ayant été remplacé au pied levé. Rafael Rojas l’a courageusement remplacé à l’avant-scène, le rôle étant mimé par l’assistant à la mise en scène Dan Dooner … pour un résultat mitigé, le ténor (mais on ne va pas lui en vouloir!) n’ayant visiblement pas encore les moyens de remplir l’immense salle de la Bastille ; les duos avec Stemme apparaissent ainsi bien déséquilibrés. En revanche, Claudio Sgura campe un solide et mélodieux Jack Rance.

west2Quant à la mise en scène de Nikolaus Lehnhoff (déjà donnée à Amsterdam en 2008), elle pâtit surtout de la lourdeur et de la laideur des décors et costumes. Il paraît en effet difficile de faire plus inesthétique (même si de nombreux exemples à l’ONP sont du même acabit, comme l’ont montré les récents Faust et Manon) ! Certaines de ses propositions ne sont toutefois pas dénuées d’intelligence et s’accordent de façon cohérente avec l’oeuvre. Tout comme le Far West était déjà un mythe en 1910, Lehnhoff le met en parallèle avec d’autres mythes fondateurs du rêve américain, qu’il s ‘agisse des gratte-ciel, de Wall Street ou d’Hollywood.  Le public de l’ONP s’est une fois de plus illustré par ses réactions déplacées, gâchant le superbe final, où la musique s’évapore peu à peu, tout cela à cause de l’apparition d’un billet vert géant en surimpression. Mais illustrer un opéra sur les chercheurs d’or par le symbole de la domination économique américaine ne nous semble pas un complet contre-sens !

Nina Stemme domine une Fanciulla del West honorable à Bastille
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