Faust / Londres : 1 – Paris : 0

Faust vu par Martinoty

Gounod – Faust

Paris, Opéra Bastille, 25.10.2011 et Londres, Covent Garden, 14.10.2011

Parmi l’avalanche de Faust donnés cette saison (Paris, Londres, Barcelone, New York, etc.), j’ai eu l’occasion d’assister à deux : la nouvelle production de l’Opéra de Paris et la reprise donnée à Covent Garden … avec un bonheur variable.

À Paris, on ne reviendra pas sur le triste feuilleton Alagna/Lombard (qui laissait augurer du pire). La mise en scène de Jean-Louis Martinoty, chargée, illisible et laide jusqu’à l’extrême, a sans doute couté très cher ce qui est un véritable scandale vu la nouvelle hausse des prix pratiquée cette année. Jusqu’à quand les metteurs en scène bénéficieront-ils de cette impunité face à leur direction, sans avoir à justifier au fur et à mesure de leur travail ? On ne peut pas en vouloir à Garrett Keast (venu pour 2 représentations remplacer Alain Altinoglu, lui même arrivé à la dernière minute) de, une fois encore, rien n’arriver à tirer d’intéressant de l’Orchestre de l’ONP. Du beau son certes, mais aucune vision, l’orchestre joue cette musique comme il joue Mozart, Wagner, Berg ou Rossini. Carton rouge enfin pour un choeur, brouillon et en décalage permanent avec l’orchestre. Inva Mula en Marguerite a de très raresbeaux moments de soprano lyrique, mais elle s’avère la plupart du temps complètement dépassée par les événements, avec un air des bijoux à la limite du tolérable. Paul Gay, sans grave, ne fait pas illusion une seconde en Méphistophélès. Alors que sauver de cette débâcle générale ? Une belle diction française d’ensemble en particulier pour Roberto Alagna, très légèrement au dessus du lot, mais à la voix trop usée dans l’aigu pour convaincre (catastrophe évitée de justesse dans le contre-ut final de « Salut, demeure… »).

Faust vu par Mc Vicar

Une bonne diction française, c’est ce qui globalement manque à la production de Londres. La lisibilité et un parfait équilibre entre traditionalisme et inventivité, c’est comme d’habitude les points forts de David Mc Vicar, dans une mise en scène très « Moulin Rouge », impeccable et émouvante de bout en bout (belle réussite pour la mise en scène du ballet de la nuit de Walpurgis). Vittorio Grigolo est presque l’antithèse d’Alagna : facilité déconcertante (rien ne passe en force), mais une moindre présence scénique … le buzz autour de ce ténor ne semble pas pour le moment totalement justifié. Quelques réserves également sur Malin Byström, à la voix idéalement jeune mais un peu à la peine dans les moments les plus dramatiques. Carton plein pour René Pape, présence impériale, aisance sur toute la tessiture. Avec moitié moins de cordes qu’à Paris, l’Orchestra of the Royal Opera House est excellent, et dirigé avec le professionnalisme habituel d’Evelino Pido – quel beau soutien aux chanteurs! -, auquel il manque toujours ce petit éclair de génie. Le professionnalisme, c’est en gros ce qui pourrait caractériser globalement cette production de Londres … et c’est exactement ce qui a fait défaut à celle de Paris.

Faust / Londres : 1 – Paris : 0
Mot clé :