Une Fille du régiment triomphale à l’Opéra Bastille

Donizetti – La Fille du régiment – Paris, Opéra Bastille, 24/10/2012

La célèbre production de Laurent Pelly avec Natalie Dessay et Juan Diego Flórez, déjà présentée dans maintes maisons d’opéra et disponible en DVD depuis 2008, arrive enfin à l’Opéra national de Paris ! Et le triomphe auprès du public de cette Fille du régiment est à l’aune des attentes suscitées.

Les interprètes tout d’abord, qui tous excellent, du rôle-titre aux personnages secondaires. Commençons par celui qui nous a le plus marqué : le beau Juan Diego Flórez, qui est tout simplement époustouflant. La facilité dont il fait preuve dans chacun de ses grands airs est déconcertante, tout comme sa grande maîtrise des aigus. Pensons notamment aux neuf contre-ut enchaînés avec souplesse et maestria dans le célèbre air «Ah mes amis quel jour de fête » … qu’il a bissé lors de certaines représentations ! Ténor à la voix solaire, son agilité vocale ne paraît jamais jamais artificielle. D’un point de vue scénique, il est en outre beaucoup moins gauche et nettement plus crédible que se réputation ne le laissait supposer.

C’est ensuite un immense plaisir que de retrouver Natalie Dessay dans une forme olympique, et à un niveau technique et artistique que nous n’espérions plus étant donné ses dernières prestations.  Tout d’abord, Dessay prend – une fois n’est pas coutume – un réel plaisir à être sur scène, ce qu’elle parvient à communiquer à un public qui en redemande. Du début à la fin de l’œuvre, en excellente comédienne, elle s’en donne à cœur joie, cabotine à merveille, joue le garçon manqué comme la fillette pleine de candeur. Mais si l’on se doutait qu’elle serait scéniquement parfaite dans ce rôle, la surprise vient de ce qu’elle chante aussi extrêmement bien ! L’air final du 1er acte tout comme le Salut à la France sont à ce titre de très beaux moments, où l’on retrouve la voix agile et cristalline qui a fait sa réputation. On notera tout de même quelques aigus passés dans la douleur … vite oubliés.

Quant à Laurent Pelly, dont la version lourdaude de Giulio Cesare à l’opéra Garnier (plus proche d’Astérix et Cléopâtre que de Haendel) nous avait quelque peu échaudé, il signe ici une  mise en scène qui colle parfaitement à l’action. Cette fois-ci, pas de vulgarités ni de gags à quatre sous, mais des pointes d’humour adaptées à l’œuvre et un grand sens théâtral. Parvenant à moderniser l’intrigue quelque peu désuète tout en soulignant ses aspects attendrissants, il établit un bon équilibre entre comique, énergie et émotion.

Il est aidé en cela par les décors intelligents de Chantal Thomas, dont on aime autant celui du 1er acte, constitué de cartes géographiques pliées figurant les montagnes tyroliennes, que le bancal palais du 2ème acte, qui semble à l’image de la vieille société sur le point de vaciller qui l’habite. L’actualisation des dialogues parlés n’est pas particulièrement brillante, mais a le mérite de faire rire sans tomber dans le piège de la facilité. On conseille donc à Laurent Pelly de continuer dans cette veine, où il retrouve les niveaux atteints dans ses mises en scène de la Belle Hélène et de la Grande Duchesse de Gerolstein, et de ne plus toucher à l’opéra seria.

En tout état de cause, cette Fille du Régime fait plaisir à voir et met de bonne humeur. Il n’y a qu’à voir les sourires du public – dont beaucoup de jeunes – à la sortie pour s’en convaincre. Mais des productions de la sorte, étant donné le budget et les subventions de l’ONP, il devrait y en avoir des dizaines au cours d’une saison !

Une Fille du régiment triomphale à l’Opéra Bastille
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