Festival d’Aix 2014 (2/3) : Une Flûte enchantée remplie d’espoir(s)

Mozart – La Flûte enchantée
Festival d’Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, 19/07/2014

La Flûte enchantée serait-il devenu l’opéra inratable des scènes lyriques actuelles ? Il est presque permis de se poser la question, au vu des réussites récentes, comme par exemple, dans des approches très différentes, celles de Carsen/Jordan ou Herzog/Harnoncourt. En important une production déjà applaudie à Londres et Amsterdam, en faisant appel à une distribution jeune et motivée, à un orchestre et un choeur qui font toujours l’unanimité ainsi qu’au jeune chef d’orchestre qui monte, le Festival d’Aix a mis tous les atouts de son côté. L’éclatante réussite du spectacle de ce soir, presque prévisible, n’en est bien sûr pas moins réjouissante, les sourires du public faisant plaisir à voir, au lendemain des mines un rien fatiguées vues à l’Archevêché hier soir pour Ariodante.

Mise en scène bluffante

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© Festival d’Aix

La mise en scène de Simon McBurney semble avoir enthousiasmé le public aixois. Très ludique, elle présente une vision plus ou moins modernisée de l’oeuvre, et en tout cas résolument positive, à grands renforts de vidéo et d’images fortes. Une mise en scène très physique, qui doit beaucoup au travail des chanteurs et figurants, ainsi qu’à celui des techniciens, que McBurney a habilement fait saluer en début de représentation. Parmi quelques moments clés, on retiendra par exemple ce bel envol dans le vide de Tamino/Pamina, cette effroyable Reine de la Nuit en fauteuil roulant, ou encore cette participation de l’orchestre à l’action.

Une pluie de promesses pour la distribution

Mari Eriksmoen & Stanislas de Barbeyarc © Leparisien.fr
Mari Eriksmoen & Stanislas de Barbeyarc / © Leparisien.fr

Le duo Tamino/Pamina réuni ce soir est un bonheur vocal et visuel de tous les instants, avec un Stanislas de Barbeyrac vaillant et chaud de timbre, et une Mari Eriksmoen incroyable de pureté et de musicalité. Le duo atteint au sublime dans un « Tamino mein » final que l’on n’est pas près d’oublier. Avec un Papageno SDF juste ce qu’il faut de décalé (Josef Wagner) et un trio de garçons – transformés en vieillards – de belle stature, la distribution a fière allure. On regrettera, en pinaillant certes, une Reine de la Nuit un rien mécanique (Olga Pudova) et un trio de dames que l’on aurait aimé un peu moins rentre-dedans. Quant à l’exécution orchestrale (Freiburger Barockorchester) et chorale (English Voices), on ne fera que répéter nos dires de la veille pour Ariodante : que ce soit dans la fosse ou sur scène, on reste subjugué par cette précision dans les articulations, cette virtuosité et ces couleurs. À la tête du Freiburger, le jeune Pablo Heras Casado – qui fait partie de cette jeune génération de chefs conduisant à la fois des orchestres « modernes » et « baroques » – apporte certes beaucoup de rythme (mais le Freiburger pourrait presque jouer sans chef!), sa direction et sa vision de l’oeuvre n’en restent pas moins un rien impersonnelles face aux récentes versions choc de l’oeuvre (Jacobs, Harnoncourt aux deux extrêmes). Que le chef fasse finir le « Freiburger » debout pour les quelques dernières secondes de l’oeuvre est un beau symbole : c’est debout que le public fera un triomphe au, n’ayons pas peur des mots, plus bel orchestre ayant jamais joué Mozart.

Festival d’Aix 2014 (2/3) : Une Flûte enchantée remplie d’espoir(s)
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