Salzbourg 2012 (1/4) : Harnoncourt marque la Flûte de son empreinte

Mozart – La Flûte enchantée – Salzbourg, Felsenreitschule, 11/08/2012

Le Felsenreitschule

Le nouveau directeur du festival de Salzbourg, Alexander Pereira, ne cache pas son admiration pour Nikolaus Harnoncourt, qu’il a maintes fois invité à l’Opéra de Zurich au cours de ces vingt dernières années. Pour sa première programmation à Salzbourg, il lui a donc offert un beau cadeau : une nouvelle production de la Flûte enchantée, sur instruments d’époque et avec l’orchestre du maestro, le Concentus Musicus de Vienne. Tout ceci dans le cadre magique de la Felsenreitschule, le « Manège des rochers » avec ses arcades creusées à même la roche du Mönchsberg. Une première pour Harnoncourt qui, hormis Idomeneo, n’avait jusqu’à présent jamais dirigé d’opéra du Mozart de la « maturité » avec le Concentus.

Georg Zeppenfeld (Sarastro) & Mandy Fredrich (Reine de la N

Et c’est peu dire que le génie du chef autrichien et le brio de son orchestre magnifient une production plutôt bien chantée et une mise en scène pas toujours inintéressante mais qui ne marque pas vraiment les esprits. Harnoncourt comme à son habitude dirige ce soir Mozart plutôt lentement, et de façon particulièrement grave. Ses tempi, ses choix surprennent, dérangent, mettent parfois les chanteurs en danger mais sans jamais nuire à la construction dramatique d’ensemble. Le Concentus Musicus de Vienne – qui comprend notamment son épouse Alice Harnoncourt, 81 ans, au violon – suit Harnoncourt jusque dans les moindres détails, et n’a rien perdu de sa couleur fruitée.

 

Markus Werba (Papageno) & Julia Kleiter (Pamina)

D’une distribution jeune et agréablement homogène, on retiendra avant tout Bernard Richter, qui prête son superbe timbre et sa fraicheur juvénile à un Tamino plein d’allant. Doit également être salué le Sarastro à la voix claire de Georg Zeppenfeld, qui triomphe dans ses deux grands airs. Julia Kleiter est une adorable Pamina, mais on en a entendu de superlatives récemment (Marlis Petersen notamment). Markus Werba est quant à lui un Papageno excellemment joué. En Reine de la nuit, la très jeune Mandy Friedrich est revanche un peu limite : les vocalises ne passent que péniblement, les contre-fa sont à peine esquissés, et la voix parait encore trop légère pour le rôle. Prestation un peu tendue enfin des trois Garçons, évidemment du Tölzerknabenchor, l’un d’entre eux étant probablement en pleine mue!

Bernard Richter (Tamino) & Mandy Fredrich (Reine de la Nuit)

Quant à la mise en scène de Daniel Herzog, si on apprécie le dispositif scénique mis en place pour cette nouvelle production, on reste plus dubitatif s’agissant du propos. Le plateau est ainsi occupé par différents éléments mobiles reprenant les formes de la Felsenreitschule, qui s’ouvrent et se ferment au gré des scènes, donnant ainsi naissance aux différents espaces nécessaires à l’action. En constante recomposition, ce décor aux multiples portes forme un gigantesque labyrinthe, à l’image de la quête, du parcours initiatique que doivent suivre les personnages principaux de la Flûte. Ce dispositif formel efficace donne ainsi un excellent rythme à la soirée.

Sur le fond, Herzog oppose un royaume de la nuit voué à la luxure et au plaisir des sens à l’univers froidement clinique du domaine de Sarastro. La Reine de la nuit fume, ses suivantes sont des femmes fatales, les trois Dames sont évidemment nymphomanes et la symbolique sexuelle du serpent (lancé par les trois Dames elles-mêmes dans la chambre à coucher de Tamino !) est particulièrement soulignée. Le royaume de Sarastro semble quant à lui représenter l’aboutissement de ce que les idéaux de l’Aufklärung et des francs-maçons ont finalement engendré, avec leur part d’ambiguïté : l’éducation, la science, la médecine, la conquête de l’espace. Mais aussi un monde un peu terne, qui a perdu de sa fougue, où l’esprit scientiste à vaincu la jeunesse (les pauvres trois garçons sont déjà chauves) et où le rationalisme ne laisse place qu’à une société conformiste où l’on porte d’affreux pulls jacquard. Cette vision d’abord intéressante s’essouffle au 2ème acte, avant de s’achever en véritable queue de poisson : la dernière image montre ainsi la Reine de la nuit et Sarastro s’étriper comme des gamins (renvoyés dos a dos, on ne sait pas vraiment lequel l’emportera) tandis que les quatre « gentils » défilent béatement avec des landaus…

Photos : Festival de Salzbourg

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