Sandrine Piau au secours de Jules César

Haendel – Giulio Cesare – Paris, Opéra Garnier, 23/05/2013 

Sandrine Piau
Sandrine Piau

Ce Giulio Cesare, récemment publié en DVD par Virgin Classics, a été créé en 2011 à Paris à l’occasion de la prise de rôle de Natalie Dessay en Cleopatra. Prise de rôle qui fut, on s’en souvient, difficile pour notre diva nationale, obligée de déclarer forfait en plein milieu d’une représentation et d’en annuler deux autres. Elle fut remplacée par l’excellente Jane Archibald, prévue pour la fin des représentations 2011 … et pour cette reprise 2013. Maternité oblige, c’est Sandrine Piau qui finalement la remplace aujourd’hui … cette même Sandrine Piau qui avait chanté de la fosse la Cleopatra d’une Archibald aphone pour la dernière représentation de 2011 ! Ce soir, tout le monde est bien là et, outre la distribution d’origine, Karine Deshayes succède à Isabel Leonard en Sesto.

Cette Cleopatra, l’Opéra de Paris la devait à Sandrine Piau, elle qui a chanté le rôle à tant de reprises, avec les plus grands chefs (on garde en mémoire une superbe version de concert avec René Jacobs en 2008 à la Salle Pleyel), et dont les prestations sont plus que rares à Paris (elle sera Morgana dans Alcina la saison prochaine aux côtés de Christophe Rousset). Certes, il manque à Piau ce petit plus qui nous renverserait totalement, une voix un peu plus puissante, l’existence d’un trille, une certaine sensualité mais pour le reste … existe-t-il haendélienne plus raffinée, qui sente aussi bien cette musique que la soprano française ? Son incarnation, totalement à l’opposé de celle de Dessay qui jouait sur l’investissement total dans le personnage, est un ravissement de tous les instants. En fin de deuxième acte, la reprise du « Se pieta », qui mêle dans le da capo les ornements écrits par Jacobs/Rousset/Haïm, est inoubliable.

Mais qu’est-il arrivé à Karine Deshayes, totalement méconnaissable dès son air d’entrée, inaudible dans le grave, peinant dans les vocalises et ne sachant que faire de la vocalita de Haendel ? Incompréhensible ! Pour le reste, on retrouve une distribution sans réel point faible, mais jamais enthousiasmante. Lawrence Zazzo en Giulio Cesare, est superbe dans l’élégie et les airs lents mais une bonne moitié du personnage passe à la trappe (entrée ratée, manque de virtuosité). A Christophe Dumaux, qui serait justement un meilleur Giulio Cesare, échoit une nouvelle fois le rôle de Tolomeo, qu’il incarne certes aussi irrésistiblement qu’il y a deux ans, même si la voix se resserre et se crispe dangereusement à plusieurs occasions. Enfin, en Cornelia, Varduhi Abrahamya, satisfait sans jamais émouvoir, comme absente.

Lawrence Zazzo et Christophe Dumaux
Lawrence Zazzo et Christophe Dumaux

La mise en scène de Laurent Pelly nous apparait tout aussi anecdotique et à bout de souffle qu’il y a deux ans. Replacer l’action dans les réserves du Musée du Caire est une bonne idée de départ en soi, mais qui s’épuise vite. Alors Pelly meuble avec des gags plus ou moins drôles, compte sur la personnalité de ses acteurs (un peu laissés à eux-mêmes) et au final fatigue très vite voire exaspère, comme avec ce déménagement de meubles pendant l’introduction de « Se pieta » (la musique n’est-elle pas assez déchirante à ce moment pour se suffire à elle même ?). Mais in fine, la plus grosse déception vient d’Emmanuelle Haïm, à la battue mécanique qui ôte toute émotion à ce Cesare. A-t-on par exemple entendu « Son nata a lagrimar » (duo Cornelia/Sesto de fin du 1er acte) si peu émouvant ? On loue certes de belles trouvailles comme ce tapis de basses martelées sur le « Va tacito » de Cesare au 1er acte. Il faut dire qu’elle est peu aidée par son Concert d’Astrée, à l’effectif très fourni mais comme aphone. Haïm démarre chaque air avec une belle énergie, pour laisser la flamme peu à peu s’éteindre. Enfin, l’ornementation proposée – écrite pourrait-on dire – par Haïm est toujours aussi contestable car elle transforme les da capos des airs en « airs bis », appris par cœur par des chanteurs qui ne se les approprient pas.

Sandrine Piau au secours de Jules César
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