Orlando (Haendel) / René Jacobs

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Orlando-CDRené Jacobs chez Deutsche Grammophon ? Rassurez-vous, le chef gantois n’a pas quitté Harmonia Mundi, et ce disque ne sort qu’à l’occasion de l’anniversaire du sous-label Archiv. Cet Orlando nous ayant particulièrement scotché il y a deux ans à la Monnaie de Bruxelles, il y a tout lieu de se réjouir de l’arrivée de cet enregistrement. Et ce d’autant plus que le disque fait plus que tenir ses promesses : il restitue à merveille des représentations bruxelloises où Jacobs, avec une équipe jeune et soudée, réinventait littéralement l’Orlando de Haendel, que ses interprètes sublimaient.

Sublime en effet, que cette distribution. Car enfin, qui osera aborder Orlando après Bejun Mehta, dont l’adéquation avec le rôle est stupéfiante, et dont lui- même déclare qu’il s’agit du rôle de sa vie ? Les couleurs, les variations de timbre sont inhabituelles pour un contre-ténor, la virtuosité et l’engagement sont tout simplement inédits. En Angelica, Sophie Karthäuser est tout aussi éblouissante. Toujours émouvante, jamais mièvre, elle est très engagée et livre une véritable leçon de chant, à l’image du da capo de l’air « Non potra », peut-être l’un des enregistrements d’un air de Haendel les plus renversants jamais effectués. En seconda donna, Sunhae Im étonne par le fruité de sa voix qui fait merveille dans les lamenti, sa personnalité ne faisant par ailleurs qu’une bouchée des vocalises de la jeune Dorinda. Kristina Hammarström – beaucoup trop rare sur nos scènes – est quant à elle bouleversante en Medoro et d’une perfection quasi instrumentale. Enfin, Konstantin Wolff, seule voix grave de ce quintette, est un Zoroastro à la fois agile et imposant.

Sous la baguette de René Jacobs, le chef d’œuvre haendélien se transforme en un véritable feu d’artifices. Les sonorités sont contrastées : variété du continuo (avec guitare, luth, harpe, clavecin, orgue), diversité des couleurs (bel emploi des flûtes à bec, ajout de percussions, d’un régal dans la scène de la folie). Vision arbitraire ou maniériste ? On en jugera par l’écoute : jamais l’oeuvre n’a autant passionné (ni bouleversé), et l’on se prend à redécouvrir des passages rendus inoffensifs (et inintéressants) par les lectures précédentes, comme l’introduction orchestrale du 2ème acte ou certains ariosos de Zoroastre. Le disque est l’occasion pour le jeune ensemble B’Rock d’enregistrer son premier CD. Il faut louer la performance : pour un premier essai, l’ensemble se hisse déjà au niveau des plus grands (Freiburger Barockorchester, Akademie für Alte Muzik). Quel engagement, quelle virtuosité, quelles sonorités ! Rien que pour la découverte de cet orchestre, il faut se jeter sur ce disque.

Disque inoubliable et, bien entendu, référence absolue pour l’Orlando de Haendel.

Deutsche Grammophon / Archiv, 2014

Orlando (Haendel) / René Jacobs
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