Hail! Bright Cecilia

Haendel – Semele – Paris, salle Pleyel, 07/12/2011

Cecilia Bartolli & Charles Workman / Photo : Italians do it better

Le traditionnel récital parisien de fin d’année de Cecilia Bartoli a été cette année remplacé par deux représentations exceptionnelles de Semele. Bâti autour de la diva italienne, ce projet fait suite à plusieurs représentations de l’opéra (oratorio ?) de Haendel, à Zurich en 2007 et à Vienne en 2010.

Une soirée pour Bartoli donc, et une soirée dominée par Bartoli. Encore une fois, la démonstration faite par la soprano a de quoi stupéfier. Traits d’une virtuosité inouïe, sons tenus, filés, triolets enchainés de façon délirante jusque dans l’aigu … et avec quelle déconcertante facilité! Quelle cantatrice réussira un jour à faire ce que Bartoli a fait ce soir dans l’air « No, no, I’ll take no less » ? L’abattage (« Myself I Shall Adore » où elle se livre à un jeu de miroir  irrésistible), le sens du drame,  cet émerveillement de tous les instants face à ce qu’elle chante, tout ceci est incomparable. Sa relation si forte au public est particulièrement attachante, surtout quand on la compare aux traits tirés d’une Natalie Dessay dont les humeurs et la morgue marquent depuis quelques temps chacune de ses apparitions sur scène. Alors, s’il était permis d’émettre quelques réserves on pourrait dire que la langue anglaise sied moins à Bartoli que l’italien. Ou que Semele, malgré ses huit airs, n’est peut-être pas le rôle haendelien lui permettant d’exprimer toutes les facettes de ses talents (pas assez de fureur, de tragique). Attendons donc maintenant l’Alcina qu’elle nous doit, ne serait-ce que pour remettre les pendules à l’heure après tant d’incarnations moyennes, voire médiocres, du rôle depuis une dizaine d’années (Fleming, Harteros, Kalna, etc.).

Hillary Summers / Photo : Italians do it better

Et les autres alors ? Sans aucunement démériter, le reste de la distribution apparait plutôt homogène, mais a souffert tout du long de la comparaison avec Bartoli. Si Charles Workman (Jupiter) laisse passer une sorte de voile assez désagréable sur sa voix, le ténor anglais affiche une prononciation impeccable, une belle clarté de la ligne de chant qui au final convainquent. Liliana Nikiteanu apparait en revanche bien faiblarde en Ino, on la sent en constante difficulté dans le grave et à la peine dans les ornementations des da capo. Si Hilary Summers (Juno) monte sur la 2e place du podium à l’applaudimètre, c’est plus grâce à une présence scénique assez incomparable (chacune de ses arrivées déclenchant l’hilarité du public), sa voix apparaissant plus qu’usée. Mais, les rôles n’étant pas techniquement insurmontables, les deux dames s’en sortent au final plutôt bien. Chapeau enfin à nos deux frenchies. Christophe Dumaux, qui hérite du personnage plus que sacrifié d’Athamas, fait preuve d’un grand panache dans les deux airs qui lui sont dévoués.  La superbe Jaël Azzaretti (Iris) épate dans son unique air : aigus faciles, style impeccable, vocalises passées comme une lettre à la poste. On rêve (et on désespére) de la voir enfin dans des rôles plus fournis à Paris : elle vient notamment de chanter Juliette à l’Opéra national de Vienne par exemple, que fait l’ONP ?

Si l’on est plus que ravi de retrouver Diego Fasolis à la place de William Christie (chef des productions de 2007 et 2010), on avoue avoir été légèrement déçu par une prestation étrangement sage et manquant de rythme (notamment dans l’enchainement des airs/récitatifs/choeurs/ariosos).Le chef semble avoir eu du mal à trouver sa place (peu de répétitions ?), coincé entre une Bartoli ayant tendance à lui imposer certains tempi et un orchestre un peu raide. Il est vrai que les musiciens de la Scintilla, malgré leur investissement, sont apparus un peu ternes et d’une relative pauvreté sonore. 20/20 en revanche pour le chœur English Voices, découvert il y a quelques années auprès de René Jacobs et surtout au Festival d’Aix 2010 (Don Giovanni, Alceste). 

Accueil triomphal, on s’en doute, qui fut encore plus délirant lors de la représentation du 4 décembre, si l’on en croit les personnes présentes, où fut donné en bis le chœur final, solistes compris (Bartoli en soprano!). Les plus grands admirateurs de Bartoli n’ont en tout cas pas été déçus par ce concert, comme en témoigne la dithyrambique (et très précise) chronique du blog Italians do it better, dont les photos de cet article sont extraites.  Bartoli retrouvera Fasolis en 2012 pour un nouveau projet intitulé Vivaldi Ritrovato. On parle également d’une venue à Paris pour un projet scénique, ou encore d’une énorme prise de rôle la saison prochaine !

Photos : Italians do it better

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