Des Huguenots flamboyants à Strasbourg

Meyerbeer – Les Huguenots – Strasbourg, Opéra du Rhin, 18.03.2012

2e acte

Après avoir triomphé en 2011 à la Monnaie de Bruxelles sous la houlette du tandem Minkowski/Py, ces Huguenots étaient présentés à Strasbourg, dans un écrin plus petit et avec une équipe musicale en grande partie renouvelée.

La mise en scène révèle une fois de plus les fantasmes et obsessions récurrentes d’Olivier Py. On retrouve donc notamment ses structures métalliques dorées (plus appropriées ici que dans le Mathis le Peintre de Bastille), ainsi que ses danseurs intégralement dévêtus. Reconnaissons que cette mise en scène fonctionne à merveille, notamment dans les – très -nombreuses scènes de foule qu’il n’est pas forcément évident de meubler. Les images fortes sont nombreuses et toujours au service du drame ; ainsi du dédoublement de la croix portée par un danseur durant l’ouverture, où encore les crucifix se transformant en épées lors de la scène de la bénédiction des poignards. En outre, les références artistiques et historiques sont judicieusement intégrées et se montrent toujours subtiles, qu’il s’agisse des allusions à l’école de Fontainebleau (scènes du bain, cerfs, etc.) ou l’actualisation finale (les huguenots fusillés portant des costumes des années 1940).

La distribution, sans atteindre les sommets que mériterait une œuvre de cette envergure, relève le défi de l’écriture. De façon générale, l’ensemble des interprètes se distingue par une prononciation très honnête et par une bonne projection – mais il est vrai que la jauge de l’Opéra de Strasbourg n’est pas celle de l’opéra Bastille et réunir une distribution dans cette salle représenterait un tout autre défi. Sans la pureté virginale ni la musicalité de Marlis Petersen, Laura Aikin en Marguerite de Valois présente de magnifiques aigus et la virtuosité du personnage ne lui pose aucun souci. En Valentine, on retrouve Mireille Delunsch fidèle à elle-même, investie totalement dans une partition qui, en théorie, devrait dépasser largement ses moyens. Et pourtant quelle présence scénique et quels talents d’actrice (existe-t-il une cantatrice capable de s’évanouir aussi bien ?). Enfin, dans le rôle écrasant de Raoul, Gregory Kunde – piètre comédien pour le coup – fait preuve d’une belle présence. Si sa voix n’est pas exempte de quelques défauts mineurs, on ne laisse d’admirer son courage d’aborder une partition aussi difficile, alignant contre-ré sur contre-ré. Enfin, Karine Deshayes en page Urbain volerait presque la vedette à tous tant elle apparaît en éclatante santé vocale. Sa voix est désormais tellement sopranisante qu’elle se permet un contre-mi bémol à la fin du deuxième acte (pourra-t-elle encore chanter Sesto en 2013?).

Si l’absence de Minkowski est forcément à regretter, l’orchestre Philharmonique de Strasbourg dirigé par Daniele Callegari se révèle excellent de bout en bout, de même que les chœurs (bien supérieurs au niveau catastrophique de ceux de l’opéra de Paris).

Monter les Huguenots est une nécessité historique, et cette production passionnante d’un point de vue vocal et scénique souffre fatalement de ce que l’on a longtemps reproché à Meyerbeer et à ses librettistes. En effet, si le début de l’oeuvre est magnifique, l’inspiration de Meyerbeer fait un peu défaut à la fin de l’opéra, tandis que le drame ne tient pas de bout en bout. Mais si l’on aime le grand opéra français, c’est que même ses défauts ne sont pas exempts de charmes. Bref, on en redemande!

 

Des Huguenots flamboyants à Strasbourg
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