Il Tenero Momento

Interviews

23 novembre 2011 by admin in Interviews with 1 Comment

Entretien avec … Chen Reiss

Attention, découverte ! Avant ce Liaisons, récemment couronné d’un Diapason d’Or en France, on avoue n’avoir jamais entendu le nom de Chen Reiss. Et pourtant, avec la sortie de ce disque et le pari que semble faire l’Opéra de Vienne sur cette jeune soprano, Chen Reiss devrait très rapidement faire parler d’elle. Ce portrait de la vie musicale viennoise de la seconde partie du 18e siècle se partage habilement entre des pages connues de Mozart et Cimarosa, et d’autres plus rares de Salieri et Haydn, dont la plupart sont des airs « de remplacement » écrits pour les stars lyriques de l’époque et destinés à être insérés dans des opéras d’autres compositeurs.

On ne sait que louer le plus dans cette superbe leçon de chant : la beauté intrinsèque de la voix, légère mais délicieusement fruitée, l’intelligence du chant qui lui permet de se jouer de toutes les difficultés, ou encore l’ornementation. Quel aplomb dans le terrible air de concert « Ah se in ciel », dont la version se hisse tout en haut de la discographie surpassant même Natalie Dessay ou Teresa Stich-Randall. Et quel phrasé ! Bravo également à l’orchestre Arte del Mondo (dirigé du premier violon par l’ex-leader du Concerto Köln, Werner Ehrhardt), au son délicieusement acide et saillant, à l’instar de cette irrésistible ouverture du Matrimonio Segreto de Cimarosa ! Il tenero momento vous propose une rencontre avec une soprano dont on parie qu’elle sera l’une des plus belles Zerlina, Despina et Susanna des prochaines années. Et courez acheter Liaisons !

Vous êtes née en Israël et y avez étudié, ainsi qu’à New York. Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre formation musicale et vos débuts ?

Chen Reiss : Ma mère étant chanteuse d’opéra, j’écoute de la musique classique depuis mon plus jeune âge. J’ai commencé le piano à l’âge de 5 ans, suivi à 7 ans de la danse classique puis du chant à partir de 14 ans. De 14 à 18 ans j’ai été dans un lycée artistique, où j’ai étudié le solfège, l’harmonie, l’histoire de la musique, la littérature musicale ; j’y ai aussi donné mes premiers concerts, avec le chœur et l’orchestre de l’école. J’ai ensuite effectué mes études supérieures à New York mais j’ai également beaucoup appris sur scène, notamment au Bayerische Staatsoper de Munich, d’abord en tant que membre permanente de la troupe de 2003 à 2006, puis en tant qu’invitée régulière. Je prends toujours des cours de chant à New York, avec ma professeur Ruth Falcon.

Vous chantez plusieurs fois cette année à l’Opéra national de Vienne. Comment avez-vous eu cette opportunité ?

CR : J’ai fait mes débuts à l’Opéra de Vienne en 2009, après une audition avec Ioan Holender dans le rôle de Sophie du Rosenkavalier, que j’avais déjà interprété à l’Opéra de Munich. Dominique Meyer, l’actuel directeur du Staatsoper de Vienne, m’a entendu à cette occasion et m’a alors invitée à chanter Nannetta (Falstaff) au Théâtre des Champs Elysées à Paris en 2010. Ensuite, c’est lui qui m’a invité à venir plusieurs fois cette saison au Staatsoper pour y interpréter Sophie, Pamina (Die Zauberflöte), Servilia (La clemenza di Tito) et Adele (Die Fledermaus). C’est un très grand privilège de chanter dans cette salle, ainsi qu’avec le Philharmonique de Vienne.

Votre récent (et acclamé) disque Liaisons contient des airs très rares de Salieri et de Haydn, enregistrés avec un orchestre sur instruments d’époque. Comment est né ce projet ? Etait-il important d’enregistrer avec une formation baroque ?

CR : Dans la seconde moitié du 18e siècle, la scène musicale viennoise était particulièrement créative. Liaisons comprend des œuvres de compositeurs de cette époque qui ont tous vécu et travaillé à Vienne, se fréquentaient et connaissaient les œuvres des uns et des autres. A cette époque, il était tout à fait normal pour une prima donna de demander à un compositeur reconnu de lui écrire un air sur mesure, qu’elle interpréterait pendant la représentation d’un opéra écrit par un autre compositeur (les fameux « airs de remplacement »). Quand j’ai réalisé mes recherches pour ce disque, j’ai découvert des choses passionnantes sur les liens entre ces compositeurs, les librettistes et les chanteurs. Chaque air de ce disque a sa propre histoire, et tous les airs sont reliés entre eux d’une certaine façon. Il était très important pour moi d’enregistrer ce disque avec un orchestre baroque car cela correspond à l’idée que je me fais de cette musique, tant en termes de son, d’articulation que de phrasé.

Dans ce disque, vous avez enregistré la plus belle version de l’air de concert « Ah se in ciel  » de toute la discographie. Cet air a été écrit par Mozart pour sa bien aimée de l’époque (et future belle sœur) Aloysia Weber. Avez-vous chanté (ou projetez-vous de le faire) les autres airs, particulièrement terrifiants, écrits pour Aloysia Weber ?

CR : Mon prochain projet comprendra des airs écrits pour Nancy Storace, la première Susanna des Noces de Figaro. Mais je suis sûre qu’à l’avenir j’aurai l’occasion de chanter certains airs écrits pour Aloysia Weber. L’air « Ah se in ciel » est un de mes préférés et figurera certainement dans mes programmes de concert.

Est-il important pour vous d’ornementer les airs de Mozart comme vous le faites dans le disque ? Avez-vous eu l’occasion de le faire dans un théâtre « traditionnel » comme celui de Vienne ?

CR : Dans ce disque, j’ai particulièrement ornementé l’air extrait d’Armida de Salieri (1771), car il s’y prête du fait des nombreuses répétitions, tant musicales que textuelles. J’ai pris un réel plaisir à ce travail d’ornementation. Dans les airs de Mozart en revanche, j’y procède de façon plus légère car il y a tant de détails dans l’écriture et l’orchestration, qu’ils nécessitent moins d’ornementation. Dans le rôle de Blonde (l’Enlèvement au Sérail), que j’ai chanté dans sa version complète avec toutes les reprises, j’ornemente systématiquement. Je l’ai fait tant à Munich et Dresde qu’à Hambourg, et les chefs d’orchestre semblaient apprécier à chaque fois !

Vous avez jusqu’à présent peu chanté dans des opéras baroques. Aimeriez-vous le faire, et si oui dans quels rôles ?

CR : J’aimerais tout particulièrement chanter du Haendel, par exemple Semele, Morgana (Alcina), Cleopatra (Giulio Cesare) ou encore Poppea (Agrippina).

Comment s’est passée votre collaboration pour la bande originale du film Le Parfum ?

CR : Le réalisateur Tom Tykwer avait une idée très précise du son qu’il voulait obtenir, et c’est sur cette base que j’ai travaillé ma voix. Il souhaitait en effet qu’émane d’elle une odeur virginale. C’était un véritable challenge que de parvenir à transmettre une idée olfactive par sa simple voix.

Aimez-vous la France et y avez-vous des projets professionnels ?

CR : Pour de multiples raisons, j’adore la France où j’ai toujours apprécié passer du temps. J’aime le côté très éduqué et le bon goût du public français, ainsi que le son léger et transparent des orchestres français. Je n’ai jusqu’à présent chanté qu’à deux occasions en France, avec grand plaisir à chaque fois. Le 26 janvier 2012, je chanterai avec l’Orchestre national de France et Daniele Gatti aux Théâtre des Champs Elysées. J’aimerais beaucoup travailler sur des opéras baroques en France. Et je rêve de vivre un jour à Paris, dont j’adore la beauté et l’énergie.

Avez-vous d’autres passions en dehors du chant, ainsi que le temps de vous y consacrer ?

CR : Je lis beaucoup de romans, et je m’oblige à lire des œuvres sans rapport avec la musique. Je suis une passionnée de Pilates, que je pratique quotidiennement. J’adore les films romantiques. Et comme toutes les femmes, j’adore la mode ; chaque séjour à Paris est par conséquent un rêve ! Enfin, j’aime passer du temps avec mon frère et ma sœur, ils sont encore ados et me tiennent donc au courant des dernières tendances !

Photos : Baldvinsson & Betz.

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One Comment

  1. Flora27 avril 2012 at 19 h 15 minReply

    Un disque magnifique!

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