Entretien avec … Chiara Skerath

La jeune soprano belgo-suisse Chiara Skerath s’apprête dans quelques jours à fouler les planches de l’Opéra Comique, en Rosalinde dans une nouvelle production de la Chauve-Souris. Cette délicieuse chanteuse – remarquée notamment par le chef Marc Minkowski – sera également en 2015 au prestigieux Festival d’été de Salzbourg, après plusieurs étapes mozartiennes en France (Servilia à Strasbourg, Pamina à Saint-Etienne).

Pouvez-vous nous parler de vos débuts et de ce qui vous a conduit à chanter ?

Depuis toute petite, j’ai toujours aimé chanter. J’ai grandi en Belgique au sein d’une famille mélomane qui m’amenait régulièrement au concert et à l’Opéra. Je passais beaucoup de temps à écouter de la musique avec mon casque sur la tête, et avec mes trois soeurs nous nous amusions à imiter les scènes des opéras que nous aimions. Notre scène favorite était celle où Floria Tosca découvre que Mario Cavaradossi est mort puis se jette de la tour Saint-Ange sauf que je sautais … dans la piscine ! Je ne chanterai sans doute jamais le rôle de Tosca, mais il m’a donné le goût de l’opéra et du théâtre et l’envie de devenir chanteuse d’opéra.

En 2007, à l’âge de 19 ans, j’ai été reçue  au CNSM de Paris dans la classe de Glenn Chambers. J’ai également passé une année Erasmus à Vienne, ville qui m’attirait depuis toujours, étant un peu le “bercail” de l’opéra. Quand j’habitais là-bas, je passais mon temps au Staatsoper pour y écouter tous les grands chanteurs. Mon premier opéra y a été la Chauve-Souris, et ce fût d’autant plus magique qu’il neigeait et que la ville était toute blanche à la sortie de l’Opéra.

J’ai débuté au Kammeroper de Vienne (qui appartient actuellement au Theater an der Wien) dans le rôle de Silvia dans l’Isola disabitata de Haydn, rôle que j’avais gagné en participant au Concours Belvedere en 2010 à Vienne. Ensuite, j’ai eu la chance de pouvoir assez rapidement chanter des rôles importants dans de belles maisons d’opéra. Je suis ainsi très heureuse, à mon âge, d’avoir déjà par exemple chanté quinze fois Despina aux Opéras de Berne et de Francfort.

Enfin, j’ai eu l’immense chance de rencontrer dès ma sortie du Conservatoire Ruben Lifschitz, mon professeur de mélodie et de Lied, qui est non seulement un pédagogue formidable mais aussi un guide pour toutes les décisions à prendre concernant ma carrière.

Vous avez beaucoup travaillé aux côtés de Marc Minkowski et avez je crois d’autres projets avec lui ? Cette rencontre a-t-elle été importante pour vous et pourquoi ?

Cette rencontre a effectivement été décisive car, grâce à sa confiance et sa générosité, j’ai pu aborder des rôles très intéressants comme Euridice cet été au Musikfest de Brême. C’est également lui qui va me permettre de faire mes débuts à l’Opéra de Paris en juin prochain dans Alceste de Gluck.

Faire de la musique avec lui et son orchestre des Musiciens du Louvre-Grenoble est à chaque fois une expérience fabuleuse. La décision récente de la municipalité de Grenoble de retirer leur subvention à un ensemble aussi talentueux et connu dans le monde entier me remplit d’incompréhension et de colère.

Comment définiriez-vous votre voix et vers quel type de répertoire ou de rôles souhaitez-vous vous tourner au cours des prochaines années ?

Je n’aime pas vraiment définir ma voix mais je suis un soprano lyrique-léger. Mon répertoire comprend surtout du Mozart (Susanna, Despina, Pamina)  et je voudrais continuer à chanter ces rôles le plus longtemps possible. Dans le répertoire français, je rêve également de chanter Mélisande (Debussy) ou encore Blanche de la Force (Poulenc).

Est-ce important pour vous de chanter avec des instruments anciens et avez-vous une formation « baroque » particulière ?

Naturellement, je préfère chanter avec des instruments anciens dans le répertoire baroque. J’ai travaillé ce répertoire lorsque j’étais élève au CNSM de Paris mais je ne me définis pas du tout comme une spécialiste.  

Vous chantez l’été prochain au Festival d’été de Salzbourg dans la Création de Haydn avec Marc Minkowski et dans le rôle de Sophie (Werther). Comment avez-vous accueilli ces prestigieuses propositions ? 

J’ai sauté au plafond de joie ! J’ai déjà chanté plusieurs fois à Salzbourg : la première fois comme fille-fleur dans Parsifal au Festival de Pâques avec Christian Thielemann, puis dans le Songe d’une Nuit d’été de Mendelssohn dans le cadre du Young Singer’s Project en 2013. L’année dernière, j’ai également chanté pour la première fois avec Marc Minkowski au Haus für Mozart où j’ai remplacé Sonya Yoncheva qui était souffrante.

Vous participerez dans quelques jours à la très attendue production de la Chauve-Souris à l’Opéra Comique. Que vous inspire cet opéra ainsi que le rôle de Rosalinde ?

Cet opéra est un petit chef d’oeuvre du début à la fin. Je suis très heureuse de chanter aux côtés de grands artistes comme Sabine Devieilhe, Stéphane Degout, Frédéric Antoun, Florian Sempey, Frank Leguérinel, Jodie Devos ou Kangmin Justin Kim, c’est un cast de rêve. Ivan Alexandre a eu de très bonnes idées et c’est un metteur en scène qui m’a beaucoup guidée pour me permettre de trouver le personnage de Rosalinde. Comme le français n’est pas ma langue maternelle et que je l’ai appris à l’âge de 14 ans, il m’a beaucoup aidée dans mon travail d’actrice, notamment dans les nombreuses scènes parlées.

J’aime beaucoup le personnage de Rosalinde. Je pense qu’elle s’ennuie terriblement avec un mari qui la délaisse complètement. Lorsque le ténor Alfred, son ex-amant, revient lui chanter la sérénade, elle va soudainement se réveiller et passer par stades d’émotions très différents. Elle va même apprendre quelques mots de hongrois afin de prouver qu’elle est hongroise au Bal du prince Orlowsky ! C’est un personnage en manque d’amour et d’attention et je prends beaucoup de plaisir à la jouer et à la chanter. C’est aussi la première fois que je ne chante pas une servante mais une dame, et j’ai dû m’habituer à ne pas repasser ni nettoyer sur scène !

Avec quels artistes aimeriez-vous collaborer ?

J’ai la chance de fréquenter des artistes extraordinaires et j’apprends tous les jours en écoutant mes collègues. Après, il n’y a pas que les artistes avec lesquels j’aime collaborer mais aussi toute l’équipe “derrière” la scène, comme les techniciens, les habilleuses, les régisseurs, les accessoiristes, les gens de la billetterie, etc. Sans eux, il n’y a pas de spectacle et l’équipe de l’Opéra Comique est formidable et toujours prête à me bichonner et à me faire rire !

A part la musique, avez-vous d’autres passe-temps (et le temps de vous y consacrer!) ?

J’aime beaucoup dessiner et je travaille actuellement sur un projet de livre pour enfants avec ma grande soeur. J’aime aussi passer du temps chez moi avec mon mari et mon chat Maurice, faire du yoga, regarder des séries TV comme Louie pour me détendre ;  et j’aime aussi beaucoup les blagues !

 Photos : Vera Markus et ChiaraSkerath.com

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