Les goûts de … François Alu

François Alu symbolise à lui seul le renouveau et la vitalité de la danse en France. Eblouissant en fin d’année 2015 dans La Bayadère à l’Opéra Bastille, il s’apprête à donner à Bourges, le 28 février prochain, son premier spectacle en tant que directeur artistique. Pour ilteneromomento.com, il nous parle de son rapport à la musique.

>> Les photos de cet article sont du photographe Julien Benhamou. Vous pouvez retrouver ses magnifiques clichés sur son site personnel. >>

> La musique tient-elle une place importante dans votre vie ?

Oui, énormément. En plus d’en écouter tous les jours sur mon lieu de travail à l’Opéra Garnier, la musique est toujours présente, que cela soit chez moi ou pendant mes trajets. J’aime principalement le rap américain des années 90 en ce moment: Wu Tang Clan, NWA, Mobb Deep, Nas, Dr. Dre, Eminem ou encore Tupac. J’ai d’ailleurs revu récemment un documentaire sur Tupac, une personne intègre qui avait envie de justice et qui se battait pour une cause noble, combattre le racisme. Même quand il est devenu très connu, il n’a pas cessé de croire en ses convictions et n’a jamais laissé tomber les siens, ce que je trouve absolument admirable car ce n’est hélas  vraiment pas le cas de tous les gens de pouvoir …

La musique inspire avant tout pour moi la créativité. Souvent, quand j’en écoute, j’imagine des histoires, ou même des pas et puis parfois, mon corps parle avant mon esprit. Je m’anime sans réelle raison, comme manipulé. Je crée en ce moment, avec le danseur Simon Le Borgne, une chorégraphie et selon l’humeur de la musique, les pas qui nous viennent en tête sont vraiment très variés. Je pense que la musique peut déterminer l’humeur des humains, leur pensée.

> De quelle manière écoutez-vous de la musique : avec des CD, en streaming, en constituant vos propres playlists ?

J’achète toutes mes musiques sur iTunes. Par réflexe, j’en cherche davantage sur YouTube, Spotify ou Deezer. J’ai évidemment ma playlist Rap US, ma playlist zen ou encore une playlist « soirée » !

> Aimez-vous l’opéra ? Si oui, quels ont été vos plus beaux moments lyriques et quels sont vos artistes lyriques favoris ?

Je pense que pour apprécier l’opéra, il ne faut pas être béotien, ce qui est mon cas. J’avoue que je ne n’apprécie pas vraiment l’opéra aujourd’hui, mais j’espère que cela changera !

> Quels sont vos 5 morceaux musicaux préférés de tous les temps ?

  • Pump it up – Joe Budden : il s’agit de la première chorégraphie de Hip-hop que j’ai faite quand j’avais 12 ans et c’est aussi le battle final du film Street Dancers.
  • Con te partiro – Andrea Bocelli : c’est la chanson que mon grand-père paternel italien a chanté à tous les repas de famille.
  • L’été des Quatre saisons de Vivaldi dans l’album Recomposed by Max Richter : la première piste audio qui m’a ému aux larmes.
  • La Passacaille de Bach que Roland Petit a choisi pour Le jeune homme et la mort, un de mes ballets préférés. C’est l’une des grands oeuvres du 20e siècle que l’on ne donne hélas plus à l’opéra.
  • Un extrait d’un trio pour piano de Schubert, à partir duquel Samuel Murez, directeur artistique de la compagnie 3e Étage, a crée un morceau fabuleux que j’ai choisi d’utiliser pour mon premier pas de deux, « La Sylphide » en 2015.

> Vous avez dansé fin 2015 dans la Bayadère ? Quel regard portez-vous sur la musique des ballets « du répertoire » ?

Très honnêtement, il est difficile de généraliser. Lorsque vous avez un mauvais chef d’orchestre qui dirige du Minkus, vous augmentez les chances de passer une mauvaise soirée. En revanche, si vous prenez la plupart des partitions de Tchaikovsky, avec un bon chef et un bel orchestre, cela peut vous faire partir très loin.

> Avez-vous des projets en tant que chorégraphe ? Si oui, comment en choisirez-vous la musique ?

J’ai déjà fait deux chorégraphies : Sylphide et Les Sorcières. Dans l’absolu, je trouve particulièrement intéressante la collaboration avec un compositeur, je trouve que cela permet d’amener le résultat d’une oeuvre beaucoup plus loin. Elle sera ainsi nourrie par davantage de personnes et elle sera plus cohérente si tout le monde a envie de créer et d’y apporter quelque chose. C’est pourquoi je préfère faire appel à des compositeurs vivants qui créent sur mesure une musique. Notre prochaine création musicale sera basée sur une musique de The Misters.

Les goûts de … François Alu
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