Entretien avec … John Osborn

Nous l’avions adoré dans les Contes d’Hoffmann à la Salle Pleyel, ou encore dans le récent enregistrement de Norma avec Cecilia Bartoli. Le ténor américain John Osborn est en ce moment un magnifique Otello aux côtés de la mezzo italienne dans une production événement au TCE. L’occasion de mieux découvrir un chanteur aux moyens sidérants, qui sait prendre des risques, et dont la voix fait merveille dans le bel canto ou le Grand Opéra français.

JohnOsborn01Quand et comment avez-vous choisi le chant ?

Depuis tout petit, j’ai toujours aimé chanter. Mais ce n’est qu’à l’âge de 16 ans que j’ai réalisé que je voulais en faire mon métier. Un ami m’avait alors suggéré de me tourner vers l’opéra, mais je me suis dit que je n’y connaissais rien. J’ai quand même tenté ma chance en postulant à une classe de chant à 17 ans, et j’ai ensuite pris des cours auprès de Robert L. Larsen au Simpson College (une institution reliée au Des Moines Metrop Opera). Ce professeur m’a permis de participer en tant que choriste à mon premier spectacle, Susanna de Carlisle Floyd. J’ai ensuite débuté en Don Basilio des Noces, rapidement suivi par Riniccio (Gianni Schicchi) et Tamino (La Flûte enchantée).

Vous avez remporté en 1996 le premier prix du concours Operalia. En quoi cette victoire a-t-elle marqué votre carrière ?

Operalia est un excellent concours, qui bénéficie d’une exposition médiatique importante. J’ai gagné le concours en 1996 à Bordeaux, et deux ans plus tard, je faisais mes débuts dans l’Opéra de cette ville aux côtés de Natalie Dessay dans La Somnambule … pas trop mal à 26 ans ! J’ai noué une relation privilégiée avec cet Opéra pendant quelques années, ce qui m’a aidé pour le début de ma carrière internationale. Operalia m’a également permis de débuter en Nemorino (L’elixir d’amour) à l’Opéra de Washington, où Placido Domingo (directeur d’Operalia) est entre autres conseiller artistique.

Votre voix semble présenter d’inépuisables ressources dans l’aigu et dans la virtuosité. Comment travaillez-vous, et n’est-ce pas trop risqué d’enchaîner tous ces rôles si exigeants ?

Ma méthode de travail n’a jamais changé. J’ai étudié pendant 13 ans, depuis le milieu des années 1990, auprès d’Edward Zambara, une basse d’origine grecque-américaine. Après sa mort, Lynette Tapia – qui est ma femme, et également lauréate du concours Operalia en 1996 à Bordeaux – est devenue mon principal professeur. Elle m’aide régulièrement à travailler ma respiration et ma technique de chant. J’ai toujours eu une voix naturellement aigue, il est donc naturel pour moi de chanter dans des tessitures hautes ou d’aborder certains rôles du répertoire français qui sont très adaptés à ma voix. Pour moi, ce n’est pas un risque, mais une nécessité, ou en tout cas une responsabilité. De plus, j’aime chanter en italien et en français, ce qui ajoute au plaisir !

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Avec Sumi Jo et Cecilia Bartoli (enregistrement de Norma)

Vous avez récemment enregistré et chanté sur scène Norma auprès de Cecilia Bartoli. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Cette Norma est très spéciale, car nous l’avons toujours donnée avec des instruments anciens. Ce travail a permis d’essayer de montrer l’oeuvre telle que Bellini l’avait conçue, dans le pur style du bel canto, par opposition à ce que j’aime appeler le « can belto », qui est devenu maintenant la façon habituelle de chanter ce répertoire. Il y a plusieurs projets de tournées de cette Norma dans des grandes villes européennes, en Russie, et peut-être aux Etats-Unis (Brooklyn Academy of Music). Nous verrons …

Que pensez-vous de la production d’Otello de Rossini actuellement présentée au TCE, et du rôle titre que vous chantez ?

C’est une mise en scène précise, une reconstitution qui donne une vision excellente et intelligente de l’action. La mise en scène souligne le racisme, la jalousie, la corruption ou encore la manipulation. Il y a de l’amour, de la haine, de la violence … et plein de ténors qui se battent pour la même femme. C’est superbe, et j’adore !

L’Otello de Rossini exige trois ténors exceptionnels. Est-ce un challenge pour vous de chanter ainsi aux côtés de deux ténors ?

Ce n’est pas un challenge pour moi mais pour celui qui doit trouver ces trois ténors ! A ce titre, Michael Frank (directeur du TCE), a fait un travail admirable en engageant trois ténors aux timbres complètement différents. Ceci permet de montrer trois personnages aux caractères très distincts, et de bien pouvoir les distinguer.

En Otello à Zurich
En Otello à Zurich

Vous chantez cet Otello aux côtés de l’Ensemble Matheus, sur instruments anciens. Est-ce important pour vous et en quoi cela modifie-t-il votre façon de chanter ?

Cela ne change pas ma façon de chanter, laquelle se fait toujours dans le respect du bel canto italien. Toutefois, il est vrai que le fait de travailler avec des instruments anciens permet non seulement de timbrer la voix de façon différente, mais également de bénéficier de dynamiques et de couleurs orchestrales qu’on ne trouve pas avec des intruments modernes.

Quels sont vos futurs projets ou les rôles que vous aimeriez chanter à l’avenir ?

Je ne vais chanter le rôle d’Otello de Rossini que de façon occasionnelle, car il est très exigeant en termes de tessiture. Les autres rôles lyriques du répertoire français que j’aborde demandent une plus grande technique de respiration, afin de garder un chant puissant mais flexible. Et le fait de chanter, avec Otello, à la fois des notes très graves (pour un ténor) et très aigues peut être dangereux. Dans un futur proche, je vais chanter Guillaume Tell à Turin, Otello au Festival de la Pentecôte de Salzbourg, Les Contes d’Hoffmann à Tokyo, Rigoletto au New York Caramoor Festival, La Traviata pour l’Opera Classica Europa puis Manon à Lausanne. Des rôles très variés donc, avec comme principal challenge le rôle d’Otello qui nécessite le plus d’ajustements à la voix. Pour le reste, les rôles comme Werther, Guillaume Tell, Roméo ou Hoffmann sont plus confortables pour ma voix, car ils ne nécessitent pas de devoir étendre ma voix de façon un peu anormale.

Entretien avec … John Osborn
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