Entretien avec … Julia Lezhneva

A tout juste 23 ans, la russe Julia Lezhneva fait déjà partie des valeurs sûres des scènes d’opéra. Dotée d’une technique incroyable qui lui permet de sublimer tous les rôles qu’elle aborde, la jeune soprano publiera prochainement un album chez Decca accompagnée par le Giardino Armonico. Et ce avant trois rendez-vous parisiens programmés en 2013 qu’elle a accepté de nous présenter.

© Franck Juéry

Quand et comment avez-vous commencé le chant ?

J’ai commencé à pratiquer le chant dès l’âge de 5 ans au sein du choeur de Yuzhno-Sakhalinsk, ma ville natale. Deux ans plus tard, ma famille a emménagé à Moscou, où j’ai continué à chanter dans un choeur jusqu’à l’âge de 11 ans. Quelques temps après, j’ai pris conscience de ce que ma voix avait mûri, et on m’a alors conseillé de prendre de commencer à prendre de véritables cours de chant.

Vous avez gagné des prix dans plusieurs concours de chant, en quoi cela a-t-il aidé votre carrière ?

Cela m’a tout d’abord aidée à avoir davantage confiance en moi. Par ailleurs, ce genre de concours est à mon sens une étape obligée dans le parcours de tout musicien. De surcroît, quand on est très jeune, le fait de chanter sur scène permet de gagner considérablement en expérience. Pour moi, cela a donc été très important de participer à ces concours, et de rencontrer de nouvelles personnes par la même occasion.

Votre voix pourrait être définie comme « mezzo colorature » … mais vous semblez en fait capable de tout chanter. Comment la caractériseriez-vous ?

Je définirais ma voix comme celle d’une « soprano medium ». Mais comme je suis encore très jeune, ma voix n’a pas fini d’évoluer. J’essaye donc de chanter des rôles un peu plus centraux mais dernièrement, j’ai également chanté dans un registre plus aigu.

Vous interprétez beaucoup de baroque, de même que Mozart et Rossini. Comment voyez-vous l’avenir ?

J’apprécie particulièrement ce répertoire et je veux absolument continuer à chanter du baroque et du Mozart. Mais j’adore également les lieder allemands, les chansons romantiques italiennes, la mélodie française ou russe, que j’aborde à présent davantage en récital. Je suis contente de pouvoir diversifier mon répertoire plutôt que de me concentrer uniquement sur le baroque, car cela donne des expériences musicales différentes et élargit le registre des mes activités.

Dans Tamerlano à Salzbourg, août 2012 (photo : page Facebook de Marc Minkowski)

Nous vous avons vue cet été à Salzbourg dans le Tamerlano dirigé par Marc Minkowski. Quand avez-vous commencé à travailler ensemble ? Avez-vous d’autres projets ?

Chanter le rôle d’Asteria dans Tamerlano a été une expérience extrêmement importante pour moi. J’étais au départ quelque peu dubitative quant au rôle, dont la tessiture est particulièrement haute, mais qui est également très intime et dramatique. Quoi qu’il en soit, il faut y croire à 200 % lorsqu’on chante dans l’énorme salle du Festspielhaus de Salzbourg ! Je sais donc gré à Marc Minkowski qui m’a convaincue d’interpréter ce rôle ;  c’était par ailleurs évidemment incroyable de travailler aux côtés de Placido Domingo.

Je chante avec Marc Minkowski depuis quatre ans, il m’a ouvert énormément de portes et offert de magnifiques opportunités en Europe. A titre d’exemple, je rêvais depuis toute petite  de chanter la Messe en si de Bach, et Marc m’a non seulement donné la possibilité de l’interpréter, mais également de l’enregistrer. C’était en juin 2008 et c’est sur ce projet que j’ai rencontré de merveilleux musiciens tels que Nathalie Stutzmann, Markus Brutcher, Lucy Crowe, Terry Wey ou  Luca Tittoto. Ma première collaboration avec Marc a représenté pour moi une étape vraiment décisive d’un point de vue musical. Nous allons évidemment continuer à travailler ensemble et parmi nos futurs projets figure en bonne place les Noces de Figaro au Theater an der Wien, où je ferai mes débuts en Susanna.

Dans quelques mois, vous chanterez pour la première fois aux côtés de René Jacobs dans l’oratorio Il trionfo del Tempo e del Disinganno de Haendel. Pouvez-vous nous parler de ce projet ?

Je suis particulièrement impatiente de travailler avec maestro Jacobs, dont j’ai entendu tant de superbes enregistrements. Il trionfo est l’une de mes œuvres préférées de Haendel, et j’ai vraiment hâte de participer à ce projet. C’est en outre formidable d’avoir l’occasion de donner cette oeuvre dans différents pays, comme la France, l’Autriche, l’Allemagne, l’Espagne…

Quels rôles voudriez-vous chanter à l’avenir ?

Beaucoup de rôles de Mozart ou d’opéra baroque correspondent à ma voix, et il est donc particulièrement difficile d’en choisir un en particulier. Par exemple, je suis ravie de chanter bientôt sur scène le rôle de Rossane dans l’Alessandro de Haendel, que nous venons d’enregistrer avec Max-Emmanuel Cencic et Karina Gauvin. L’une de ces représentations aura lieu à la salle Pleyel (en septembre 2013). Je m’apprête également à faire mes débuts en Rosina du Barbier de Séville au Théâtre des Champs Elysées en juin 2013. A ce stade de ma carrière, mon objectif est de chanter les rôles qui semblent le plus en adéquation avec ma voix.

Notre site s’appelle « Il tenero momento » … du nom d’un aria de l’opéra Lucio Silla de Mozart. Avez-vous déjà chanté cet air ?

Je connais cet air, il est magique. Je n’ai pas encore eu l’occasion de le chanter… mais peut-être un jour, qui sait !

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Entretien avec … Julia Lezhneva
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