Farinelli : Porpora arias / Jaroussky

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jarousskyLa sortie de ce disque tombe au plus mauvais moment pour Philippe Jaroussky. Il y a une semaine, son collègue Franco Fagioli publiait un ébouriffant portrait consacré au castrat Caffarelli. Dans cet hommage à Farinelli, uniquement composé d’œuvres écrites par Porpora, le contre-ténor français ne convainc pas un seul instant.

Vocalement, c’est presque la douche froide. Comment vouloir prétendre rendre hommage au plus grand castrat du XVIIIe siècle sans trille, sans mordant dans les attaques, sans panache dans la virtuosité ? Curieusement, la vocalise est en outre loin d’être irréprochable, l’aigu est en force dès que l’on dépasse le fa aigu, certains effets peu jolis (les notes piquées du « Come nave » de Semiramide ou encore ces appogiatures trop maniérées). Mais c’est le style qui gêne le plus : le chant est toujours sur le registre de la « voix angélique » et évoque plus la musique religieuse que les tornades de l’opera seria.

Deux exemples ? Dans le maintenant célébrissime « Alto giove » extrait de Polifemo, la longue messa di voce qui démarre l’air reste désespérément terne chez Jaroussky alors que, chez Fagioli, on perçoit en quelques secondes des variations de couleur et de nuances. Dans le « Dall’amor » extrait de l’Orfeo, l’exécution ultra-dynamique de Vivica Genaux (dans son hommage dirigé par René Jacobs) avait un côté presque mécanique qui évoquait davantage la virtuosité des castrats que l’approche presque « gentillette » proposée par Jaroussky.

Le contre-ténor a beau convoquer Cecilia Bartoli pour deux duos, l’extrême contraste entre leurs deux voix ne fait que souligner le caractère uniforme de celle de Jaroussky. Au vu du nombre de récitals déjà publiés par le contre-ténor – dont un hommage au castrat Carestini tout aussi peu réussi que celui-ci -, ce disque ne s’imposait pas !

Farinelli : Porpora arias / Jaroussky
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