La Favorite rate complètement son retour à Paris

Donizetti – La Favorite – Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 07/02/2013

La Favorite (photo TCE)

La Favorite fut l’un des plus grand succès parisiens de Donizetti et n’avait pas été représenté à Paris depuis une vingtaine d’années (Opéra Comique, 1981). L’œuvre, qui fut créée en 1840 à la Salle Le Peletier dans le style « grand opéra », peut être vue comme l’aboutissement de la carrière du compositeur à Paris (voir le récent numéro de l’Avant Scène Opéra). L’opéra narre le destin tragique de Léonor, favorite du roi d’Espagne Alphonse XI au 14e siècle, et par ailleurs amoureuse du beau Fernand, qui la délaisse finalement après avoir découvert son passé honteux de courtisane.

La mise en scène de Valérie Nègre, insignifiante, ne mérite pas les ridicules huées infligées par une infime partie du public le soir de la première. A voir le spectacle hier soir, on se demande tout de même où est passé le budget alloué à la mise en scène – trop limité pour faire autre chose ? –  : costumes hideux (ah le rose fluo du gilet de Ludovic Tézier!), décors quasi absents, lumières sommaires. Heureusement, il n’y aucune tentative de relecture et l’action est intégralement replacée dans un environnement 19e siècle. On peut faire dans l’épure certes, mais cette absence totale de direction d’acteurs, ces chœurs qui partent dans tous les sens, il y a franchement de quoi être désorienté.

Gilbert Duprez & Rosine Stoltz, créateurs de la Favorite

Le rôle titre de l’opéra fut créé par la cantatrice Rosine Stoltz, qui fit une très grande carrière à l’Opéra de Paris et dont la prestation en Léonor fut apparemment si marquante qu’elle inspira de nombreux illustrateurs de l’époque. Alice Coote, beaucoup vue dans le répertoire baroque, apparait bien sous-dimensionnée pour le rôle. Certes elle était annoncée grippée depuis une dizaine de jours, mais son mezzo aigu ne correspond en rien aux exigences du rôle. Incapable d’assurer la moitié basse de la tessiture du rôle, elle poitrine à outrance et avec beaucoup de vulgarité : l’air du 3e acte « Oh mon Fernand » est ainsi très pénible à écouter. A l’actif du ténor belge Marc Laho, en Fernando, une belle aisance dans les aigus mais quel style emprunté et quel manque de panache ! La prononciation est par ailleurs peu intelligible, et, pour les deux chanteurs, la ligne vocale est constamment interrompue de respirations intempestives. Dans le rôle du roi Alphonse XI, Ludovic Tézier a au moins pour lui le style et une certaine aura qui manque à tous ses partenaires. Mais pour lui aussi, la prestation manque de finesse, et l’acteur est laissé à lui même. Les seconds rôles  (Carlo Colombara, Loïc Félix et Judith Gauthier) sont tout au plus satisfaisants.

Le pire est toutefois atteint avec l’Orchestre National de France et Paolo Arrivabeni. Loin d’apporter du souffle à cette représentation bien terne, le chef italien dirige sans rythme : silences de trente secondes entre chaque scène, ralentis insupportables, accompagnement plan-plan, c’est lourd et archaïque au possible. Le choeur de Radio France, vocalement de bonne qualité, est malheureusement laissé à lui même au milieu d’une scénographie absente (ces scènes de danse ridicules avec les éventails !). Chantée et mise en scène avec si peu de souffle, cette Favorite apparait comme une œuvre presque anecdotique, c’est un comble. Quel est l’intérêt de présenter une telle œuvre dans de telles conditions ? Après une Médée de Charpentier en toc et les élucubrations de Warlikowski dans celle de Cherubini, la série noire se poursuit au TCE. Le Don Giovanni mis en scène par Stéphane Braunschweig et dirigé par Jérémie Rhorer sauvera-t-il la mise ?

La Favorite rate complètement son retour à Paris
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