Une Vestale qui ne décolle pas vraiment

Spontini – La Vestale – Paris, Théâtre des Champs-Elysées, 15/10/2013

Vestale06La Vestale, opéra créé en 1807 à Paris, fut l’un des événements lyriques du début du XIXe siècle. Immense succès, l’œuvre fut donnée sans discontinuité pendant plusieurs décennies, allant jusqu’à être dirigée par Wagner en personne en 1844 à Dresde. Composée par Spontini, italien installé à Paris depuis 1803, cette Vestale préfigure le Grand Opéra français (on pourra se référer à l’excellent article paru dans la revue Opéra Magazine). Tombée ensuite dans l’oubli, l’ouvrage fut remonté en 1954 à la Scala de Milan dans une mise en scène de Luchino Visconti et avec Maria Callas dans le rôle titre. Cette Vestale n’est cependant que très rarement donnée depuis plusieurs années, elle ne l’a pas été à Paris en version scénique depuis 1854 ! On se réjouit donc de cette résurrection proposée par le TCE qui s’accompagne en outre d’un salutaire retour aux sources : chant en français (Callas chantait le rôle sans une traduction italienne), instruments anciens.

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Ermonela Jaho

Pourtant, ces deux éléments se révèlent être au final des handicaps pour la soirée. Si les belles couleurs du Cercle de l’Harmonie sont appréciables, il n’est pas possible de se satisfaire de l’exécution orchestrale un rien hasardeuse présentée ce soir, surtout au regard de l’excellence atteint par certains orchestres « baroques » de nos jours. Pour preuve certain soli de hautbois ou des interventions des cors un peu aléatoires, ou des cordes peu affirmées. Il faut dire que la direction de Jérémie Rhorer nous a laissé une fois de plus de marbre. Un peu en retrait, le chef ne semble pas savoir que faire de l’écriture de Spontini, dont il souligne le côté le plus archaïque, et oublie l’aspect le plus dramatique. D’autre part, la déclamation et la prononciation du français sont dans leur ensemble ce soir bien insuffisants … bienheureux celui qui arrivait ce soir à suivre sans sous-titre !

Béatrice Uria-Monzon

La mise en scène d’Eric Lacascade est épurée, intemporelle et cherche à être au plus près des personnages. C’est du vrai théâtre, travaillé au millimètre, même si il est vrai que certains mouvements de foule prêtent un peu à sourire, comme ces allés et venues en courant qui concluent l’oeuvre de façon un peu absurde. Le dispositif scénique est très simple, constitué d’un plateau soit inondé par le soleil, soit plongé dans une quasi pénombre. Peut-être manquait-il un peu de grandeur et de classe dans la gestuelle pour réhausser le tout. En tout cas, avec vingt fois moins de moyens qu’Olivier Py dans Aïda ; Lacascade en dit dix fois plus. Cette mise en scène nécessitait-elle réellement la présence d’une « dramaturge » dans l’équipe  ? On peut se poser la question. Quelques huées aux saluts, bien inutiles et déplacées.

Vestale06Dans le rôle titre, Ermonela Jaho joue la carte de la fragilité. Sa voix est pure et flexible, ce qui donne de très jolis moments, comme cette fin du 3e acte. Dans le même temps, elle manque trop d’appui dans les graves et de puissance pour rendre pleinement justice au personnage. Andrew Richards convainc peu quant à lui dans le rôle de Licinius – amoureux de Julia -, du fait d’un français incompréhensible et d’une voix qui flanche dans l’aigu ; difficile de croire qu’il va chanter Don José au MET cette saison. Béatrice Uria Monzon a, dans le rôle de la Grande Vestale, une certaine classe, mais le vibrato gêne trop. Superbe Jean-François Borras en Cinna, à tous les niveaux, style, prononciation, projection. Bravo enfin au choeur Aedes, très sollicité à la fois vocalement et scéniquement : français impeccable, bel équilibre des voix.

Au final, une petite frustration et le sentiment que, malgré une exécution dans l’ensemble soignée, cette Vestale est hier bien loin d’avoir révélé tous ses secrets …

Une Vestale qui ne décolle pas vraiment
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