Sabine Devieilhe, Lakmé de rêve à l’Opéra Comique

Delibes – Lakmé – Paris, Opéra Comique, 14/01/2014

Lakme1On le sait, l’opéra de Léo Delibes fut l’un des plus grands succès lyriques en France à partir de la fin du 19e siècle. Créé en 1883 dans cette même salle Favart (toutefois reconstruite en 1898), cet opéra orientaliste comporte un magnifique rôle de soprano lyrico-léger, dans lequel Mady Mesplé ou plus récemment Natalie Dessay se sont glorieusement illustrées. Rien de plus normal alors que l’Opéra Comique en propose une nouvelle production, d’autant plus qu’il saisit ainsi l’occasion de présenter les débuts parisiens de Sabine Devieilhe dans une production scénique.

Devant faire avec des contraintes budgétaires probablement bien plus fortes qu’à l’Opéra de Paris, la mise en scène de Lilo Baur a le mérite de la lisibilité et de la sobriété. Décors sommaires mais jamais kitsch, mouvements précis mais jamais maladroits, on n’en demande finalement pas plus pour Lakmé. L’ambiance du dernier acte, avec cette scène remplie de lianes, au centre de laquelle les amants vivent leurs derniers moments, est même extrêmement émouvante de par son dépouillement.

Lakme2Musicalement, il faut une nouvelle fois saluer la démarche de l’Opéra Comique, qui choisit de présenter cette nouvelle production dans un cadre « historiquement informé ». Ainsi, ce sont des instruments d’époque qui jouent ce soir (cuivres notamment). Et si quelques huées ont salué la prestation de l’ensemble Les Siècles, c’est bien injuste. Pour quelques hésitations bien pardonnables, que de bonheurs en échange : contrastes, tapis sonore de cordes très homogène et se mêlant magnifiquement aux autres instruments (harpe par exemple), legatos qui ressortent mieux car utilisés à bon escient. Quant à la direction de François-Xavier Roth, elle tire certes Lakmé vers l’opéra de chambre, mais c’est pour mieux en révéler les délicatesses, et mettre en valeur les chanteurs. Combien d’opéras de cette période ont-ils été rendus avec autant de grâce ? Saluons enfin l’exceptionnelle prestation du chœur Accentus.

Lakme3La distribution est irréprochable, jusque dans le moindre petit rôle, et tout le monde peut se féliciter d’une diction générale impeccable, pas besoin de sous-titres ce soir ! Un peu gauche scéniquement – mais c’en est presque touchant – le ténor Frédéric Antoun campe un Gérald plein de fougue : le timbre est éclatant, l’aigu facile. Bien évidemment, la star de la soirée est Sabine Devieilhe, absolument éblouissante dans le rôle titre. Techniquement, c’est à tomber à la renverse : les difficultés les plus incroyables sont rendues sans le moindre effort ;  il va sans dire qu’elle ne fait qu’une bouchée de l’air des clochettes ! Mais l’incarnation de Devieilhe va beaucoup plus loin, et en ce sens, elle est la digne héritière de Natalie Dessay. On se permettra ici de dire qu’elle la dépasse presque déjà dans ce rôle. Le timbre est en effet superbe, le grave déjà bien assis et les passages les plus lyriques ne lui posent aucun problème. C’est enfin la projection qui stupéfie : ne donnant jamais l’impression de forcer, elle nuance et colore sa voix de la plus belle des façons ; avec un rendu impeccable jusque dans le moindre recoin de la salle Favart. Reine de la soirée, mais ne cherchant jamais à écraser ses partenaires : c’est la marque des plus grandes.

Sabine Devieilhe, Lakmé de rêve à l’Opéra Comique
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