Le point sur … les récitals Haendel

Depuis quelques années, Haendel, plus encore que Mozart ou Verdi, est devenu la carte de visite ultime pour un chanteur d’opéra. Les arias du compositeur, composés pour les stars de l’époque, permettent en effet de mettre en valeur la virtuosité de la voix ainsi qu’une palette très variée de sentiments. Mais au final, rares sont les incontestables réussites. Car, outre la qualité même du chanteur, trois conditions sont indispensables à la réussite d’un récital Haendel : un programme original et cohérent, un chef impliqué, et un sens naturel de la vocalité haendelienne et notamment de l’ornementation.

Ce post vous propose une sélection des récitals parus au cours de la dernière décennie, sans objectivité ni exhaustivité aucunes. Il ne prend pas en compte certaines grandes réussites incluant des airs de Haendel, comme l’Opera proibita de Cecilia Bartoli. Un regret enfin : on échangerait volontiers quelques uns de ces récitals contre au moins une ou deux intégrales d’opéra du compositeur. Ces dernières, désespérément absentes ces dernières années sont monopolisées par les horribles enregistrements d’Alan Curtis, même si les réussites du trop peu médiatisé chef grec George Petrou sont à signaler et qu’une nouveauté plus qu’attendue est prévue pour la fin du mois (l’Agrippina de René Jacobs).

Trois enregistrements recommandés

Bejun Mehta – Ombra cara | L’unique récital que René Jacobs a jamais accepté de diriger. On y retrouve le plus bel Orlando jamais enregistré (à découvrir d’urgence cette saison à l’opéra de la Monnaie). Accompagné par l’excellentissime Freiburger Barockorchester, Bejun Mehta livre le portait haendelien le plus complet à ce jour.

Max-Emmanuel Cencic – Mezzo soprano | Quelques mois avant Bejun Mehta, M.-E. Cencic avait ouvert la voie, avec un récital complètement différent (registre plus aigu). Cencic prend des risques et cela paye. Là encore, c’est l’accompagnement génial de Diego Fasolis et ses Barocchisti qui fait aussi la différence.

Lorenzo Regazzo – Arie per Basso | Haendel a écrit de superbes airs d’opéra pour basse. Lorenzo Regazzo a pour lui la vocalita italienne, l’aisance des tessitures vraiment extrêmes, et surtout cette agilité dans les vocalises si rare pour ce type de voix.

A découvrir mais inégal

Danielle de Niese – Haendel arias | Voix un peu grelotante, aux moyens qui semblent au premier abord limités, de Niese parvient néanmoins à séduire par sa sincérité et un engagement sans faille. Un charme indescriptible se dégage de ce récital. Vous y trouverez le plus beau Tornami a Vagheggia d’Alcina de la discographie.

Sandrine Piau – Opera seria | Style impeccable, Sandrine Piau est sans doute la chanteuse la plus exactement haendelienne de ces dernières années. Traits virtuosissimes, contres notes piquées, tout y est … mais l’enregistrement est gâché par l’accompagnement désespérément plat de Christophe Rousset.

Lynne Dawson – My personal Handel collection | Un récital très peu connu en France, pourtant là encore le style est impeccable, très (trop) british. Il y manque un peu de folie et d’originalité.

Natalie Dessay – Cleopatra | Cette quasi intégrale du rôle de Cleopatra de Giulio Cesare voit une Dessay plus à l’aise avec le baroque que dans ses précédents enregistrements. Mais, la voix manque de couleurs et la surornementation des airs (signée Emmanuelle Haïm), que Dessay a du mal à s’approprier, laisse une impression bizarre.

Joyce di Donato – Furore | Un récital là encore ruiné par l’accompagnement des Talens Lyriques de Christophe Rousset, au son étriqué. Di Donato fait ce qu’elle peut, moyens exceptionnels certes mais vit-elle vraiment ce qu’elle chante ? Pour la fureur, on repassera !

Simone Kermes – La Diva: Arias for Cuzzoni | On ne pourra pas reprocher à Simone Kermes son manque d’originalité, ni dans la voix ni dans le programme, très intelligemment conçu autour des airs chantés par la diva Cuzzoni. Mais laissée à elle même (on rêve de l’entendre avec un chef qui la dirige vraiment), Simone Kermes dérape assez régulièrement.

Déconseillé

Beaucoup de disques plutôt très ennuyeux que vraiment ratés, soit parce que l’interprète n’y croit pas vraiment, soit parce que le programme reste sans intérêt : Angelika Kirschlager ou Mark Padmore par exemple. En roue libre, Patricia Petibon dans ses Airs baroques italiens surjoue comme jamais, surtout quand les airs la mettent en grande difficulté. Co-responsable de cet échec, Andrea Marcon qui avait sévi quelques années auparavant avec Magdalena Kozena, qui prétend tout chanter d’Agrippina à Orlando en passant par Alcina, et qui au final ne convainc quasi jamais. Ennui mortel avec deux contre ténors : David Daniels et Andreas Scholl, dont les deux récitals ressemblent à une successions d’airs d’oratorios. Hors sujet complet avec Ildebrando d’Arcangelo et Rolando Villazon. Christine Schäfer ferait une ravissante Morgana, elle peine à convaincre en Alcina. On aime bien Vesselina Kasarova quand elle est cadrée par Marc Minkowski mais son Sento brillar est inécoutable.

On gardera le pire pour la fin : la bouillie présentée par Renée Fleming. Il faut entendre la cadence de son Da tempeste (Giulio Cesare) pour le croire : le mauvais goût incarné.

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