L’Enlèvement au Sérail (Mozart) / René Jacobs

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René Jacobs, après l’avoir dirigé en tournée en 2014, signe avec cet Enlèvement au Sérail sa 8e intégrale d’un opéra de Mozart. Dans un passionnant texte du livret du CD, il y expose comme à son habitude ses choix : réhabilitation des dialogues (donnés en intégralité, et souvent intercalés avec la musique, comme en témoignent ses saisissantes interventions du Pacha Selim dans le « Marten aller arten » de Konstanze), distribution jeune, homogène et investie et surtout, incroyable sens du théâtre. En ce sens, cette intégrale est l’antithèse exacte de celle récemment parue chez Deutsche Grammophon qui alignait un casting de stars, chacun semblant chanter la partition avec un style différent, sans aucune cohérence.

Le disque fourmille d’idées et de trouvailles  qui permettent de renouveler complètement notre vision de l’oeuvre. Jacobs ponctue ainsi l’oeuvre de multiples détails (extraits de sonates, Marche Turque, avec le très inventif Andreas Küpper au pianoforte), ou encore donne une grande place aux percussions, dont la fidèle Marie-Ange Petit qui multiplie bruits d’oiseaux ou de fouets. René Jacobs est accompagné par une équipe de choc, à commencer par les virtuosissimes musiciens de l’Akademie für Alte Musik de Berlin : rien que pour l’ouverture, à donner le tournis, le disque mérite d’être écouté. En Konstanze, le chef gantois défend son choix d’un voix plutôt légère : la créatrice du rôle, Caterina Cavalieri, n’avait sans doute rien d’une soprano dramatique. Robin Johannsen y est renversante. La Blonde de Mari Eriksmoen est également un pur bijou : pétulante dans toutes ses interventions musicales, elle marie en outre idéalement sa voix à celle de Johannsen (superbe quatuor final du 2e acte). La distribution masculine n’appelle également que des éloges, du Belmonte subliment phrasé de Maximilian Schmitt, à l’impayable Pedrillo de Julian Pregardien. Quant à l’Osmin de Dimitry Ivaschenko, il réussit le grand écart (si souvent raté) entre l’effroyable tessiture du rôle et l’aspect comique de son personnage.

On se doute que Jacobs et ses choix iconoclastes vont une nouvelle fois déranger les critiques. Pour notre part, c’est une nouvelle fois à genoux que l’on salue ce nouvel enregistrement, qui, on s’en doute, prend la tête de la discographie de l’oeuvre, sans doute pour très longtemps. Prochaine étape Mozart : Lucio Silla, que René Jacobs dirigera en 2017 à la Monnaie de Bruxelles avec Jeremy Ovenden et Lenneke Ruiten.

 

L’Enlèvement au Sérail (Mozart) / René Jacobs
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