Maria Agresta et Michele Mariotti brillent dans les Puritains

Bellini – I Puritani – Paris, Opéra Bastille, 30/11/2013

Ces Puritains, l’Opéra national de Paris les avaient prévus on le sait pour Natalie Dessay, qui avait de son côté probablement imposé Laurent Pelly pour la mise en scène. Ce dernier s’est-il du coup désintéressé du projet après le retrait de la soprano française ? Tout porte à le croire, tant la mise en scène présentée hier soir sent l’impréparation et le manque d’inspiration. La scénographie se résume presque à un seul élément : un (très joli) décor en fer noir, ouvert, qui tourne. Visuellement, c’est plutôt joli, mais quand ce décor est absent (comme dans la majorité de la deuxième partie), c’est le vide intersidéral, les chanteurs étant livrés à eux-mêmes dans une énorme scène vide.

Si l’on ne peut reprocher à Pelly de ne pas faire de miracles avec le livret abracadabrantesque des Puritains, deux choses nous ont en revanche passablement énervés. Premièrement, le décor « sans fond » oblige les chanteurs à presque hurler. Cette faute de Pelly (car c’en est une de mettre en péril à ce point une équipe musicale) est impardonnable, et on se demande vraiment comment ceci peut arriver dans une si grande institution sans que personne ne proteste. Les metteurs en scène sont-ils maintenant si puissants ? Deuxièmement, la mise en scène de Pelly, la plupart du temps insignifiante mais jamais gênante, devient franchement ridicule dès que le chœur ou les figurants arrivent : chorégraphies des soldats avec leurs lances, pas en avant/en arrière, etc.

Mais « Prima la musica » comme on dit, et justement, celle de Bellini suffit largement à nous faire oublier tous ces errements scéniques. En tête des bonheurs musicaux, deux jeunes Italiens que l’on découvre, et deux véritables coups de cœur. En Elvira, Maria Agresta a essuyé de nombreuses et très injustifiées critiques lors de la première du spectacle il y a quelques jours. Agresta ne serait pas belcantiste ? Bien au contraire : le souffle est incroyable, le grave bien assis, le trille net et la ligne somptueuse. Bien loin des sopranos légers à qui l’on confie fréquemment le rôle, Agresta est un superbe soprano lyrique, à l’aigu assez facile : toutes les contre-notes, même celles non écrites par Bellini, sont bien là. Dans le duo avec Arturo de la 3e acte, Maria Agresta nous gratifie même d’un contre-mi sidérant à l’octave avec celui de Korchak, bluffant ! Et si la vocalise n’a pas la netteté de celle d’une Dessay, elle n’est jamais savonnée, et Agresta présente un portrait tellement complet (et inhabituel) du rôle, qu’on lui pardonne volontiers !

Michele Mariotti

Agresta et tous les chanteurs sont magnifiquement épaulés par le chef italien Michele Mariotti, véritable révélation également. La façon avec laquelle il conduit la ligne bellinienne est miraculeuse, et nombreux sont les passages où cette musique, souvent rendue de façon seulement décorative, en devient bouleversante. Toujours précis, inventif (superbes ces ornements des vents dans les reprises!), jamais mièvre, ni ne s’écoutant (tel un Philippe Jordan par exemple), Mariotti est en outre un formidable soutien pour les chanteurs, qu’il sait suivre et ne jamais mettre en danger. Ajoutons que jamais récemment l’Orchestre de l’Opéra de Paris, en petit effectif, n’a sonné si superbement.

En Arturo, Dmitry Korchak fait les frais du dispositif scénique absurde de Pelly et doit souvent passer en force. Pourtant, il possède l’endurance et les notes meurtrières du rôle et réussit à être de plus en plus émouvant au fil de la représentation. Ajoutons que le ténor multiplie les prises de risque, notamment dans les cadences, ce qui dans une salle comme Bastille relève en soi de l’exploit. Annoncé souffrant, Mariusz Kwiecien est pourtant un très joli Riccardo, la voix est pleine de santé et bien projetée. Grand gagnant à l’applaudimètre, Michele Pertusi est enfin génialissime en Sir Gorgio, de style, de legato, de classe tout simplement.

On l’aura compris, ces Puritains, superbement chantés, excellemment dirigés, valent le déplacement. Et vite, revoyons Maria Agresta (elle sera justement Mimi dans la Bohème en 2014 à Bastille) et Michele Mariotti. Ce dernier dirigera en 2014 ces mêmes Puritains au MET, avec en Elvira la soprano Olga Peretyatko (sa femme), pour ses débuts dans la salle new-yorkaise.

Maria Agresta et Michele Mariotti brillent dans les Puritains
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