Une Médée en toc au TCE

Charpentier – Médée – Paris, Théâtre des Champs Élysées, 15/10/2012

Première étape d’une trilogie Médée donnée cette saison au TCE, la tragédie lyrique de Marc-Antoine Charpentier, créée en 1693 sur un texte de Thomas Corneille (frère de…) est un véritable chef d’œuvre du baroque français. C’est par conséquent avec d’autant plus de frustration qu’on est sorti de cette représentation, où à aucun moment la tragédie ne prend ni les passions ne s’embrasent.

« L’amour c’est moi » affiche crânement le rideau de scène avant le début de la représentation. La mise en scène de Pierre Audi et de son scénographe Jonathan Meese est un monument de prétention et de vacuité. Néons clinquants (« Créon – Louis » au prologue … quelle inventivité!), lingots d’or géants en guise de décor (où les rejetons de Médée iront tranquillement mourir), danseurs exécutant des chorégraphies sans queue ni tête, chanteurs laissés à eux même : tout cela est cheap, inoffensif et gratuit à mourir. Médée, mi-traînée mi-femme fatale, déambule telle Catwoman tandis que Créuse est bien évidemment une vamp blonde platine. Tout ceci sent tout simplement le manque de travail et la paresse intellectuelle. Il faudra donc encore quelques efforts à Jonathan Meese pour « révolutionner » la mise en scène d’opéra comme il prétend le faire (il prône la « dictature de l’art » et se veut l’apôtre d’un « opéra pour le futur »; belle perspective en vérité!).

Michelle Losier et Sophie Karthäuser

Une désolation car on va devoir maintenant se contenter de cette mise en scène pendant de longues années avant d’en revoir une nouvelle de cette œuvre, hélas bien rare à l’affiche. On ne partagera pas le fatalisme d’André Tubeuf qui dans son billet sur le spectacle y voit un signe des temps, comme si aucune alternative n’était maintenant possible aujourd’hui pour mettre en scène le baroque.

Autre difficulté de taille de ce spectacle : il manque à cette Médée … une Médée. Si l’on avait apprécié Michelle Losier en Dorabella à Salzbourg, il est peu dire qu’elle est complètement dépassée par l’écrasant rôle-titre de la monstrueuse magicienne. Le volume sonore est de moitié inférieur à celui de ses partenaires et aucun accent tragique n’est rendu. À ses côtés, le Jason d’Anders Dahlin, tout en délicatesse, est un plaisir à entendre, même si la voix a tendance à déraper dans l’aigu. Mais les deux rôles principaux font pâle figure à côté d’un trio de seconds rôles de choc. En Créuse, Sophie Karthäuser (perruque blonde platine…) est superbe de projection, de diction, toujours en situation, au point d’éclipser sa rivale à chacune de leur confrontation. La grande classe également pour Stéphane Degout et Laurent Naouri, impériaux et parfaitement à l’aise dans leurs rôles (malheureusement trop brefs!).

Michelle Losier

Emmanuelle Haïm nous a habitués aux montagnes russes. Et ce soir, c’est en petite forme qu’on la retrouve, incapable de donner cohérence et puissance au drame. Certes, elle est parfaite comme d’habitude dans les moments majestueux ou encore dansants, mais le rythme retombe dans les passages avec basse continue, qui nous paraissent comme autant de tunnels où brusquement tout s’arrête. Son Concert d’Astrée est ce soir peu assuré, anesthésié par des basses inexistantes.

Cette Médée aurait dû nous prendre aux tripes, elle nous aura tout au plus laissé l’impression d’un véritable gâchis, en grande partie due à la prétention sans nom de ses metteurs en scène.

Une Médée en toc au TCE
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