Cosi fan tutte à Salzbourg, une nouvelle réussite de Claus Guth

Mozart – Cosi fan tutte – Salzbourg, Haus für Mozart, 05/08/2011

Anna Prohaska, Marie Bengtsson et Michelle Losier

Après le miracle des Nozze de la veille, place à Cosi fan tutte, avec une mise en scène largement revue par rapport à celle d’origine de 2009. Plus dramatisée que dans sa version initiale, celle-ci va encore au plus près des personnages. Exit la fête, l’alcool, toute référence « sociale » ou tout élément extérieur qui pourrait détourner l’attention. C’est la cruauté des situations et le désespoir des personnages qui intéressent visiblement Claus Guth. Moins impressionnante que celle des Nozze, cette mise en scène n’en est pas moins une éclatante réussite. On reste là encore stupéfait par le travail fouillé de Claus Guth, qui pousse les personnages dans leurs derniers retranchements. Les ailes d’ange de Cherubim font cette fois place à celles, noires, de Don Alfonso et Despina. Superbes aussi les références aux deux autres mises en scène : les feuilles s’envolant des Nozze et surtout, en arrière plan, cette forêt de Don Giovanni.

Marie Bengtsson, Christopher Maltman, Bo Skovhus, Alek Shrader, Michelle Losier

Marie Bengtsson (Fiordiligi) a des moyens impressionnants (on la découvrira en Donna Anna dans une édition prochaine du festival d’Aix), elle peine cependant à se faire entendre à certains moments. Mélancolique comme toutes les Dorabella devraient l’être, Michele Losier semble trop nerveuse par moments pour pleinement convaincre. Quant à Anna Prohaska, après une superbe Poppea à Berlin avec René Jacobs l’an passé, ce n’est pas le rôle de Despina (qu’elle chante remarquablement bien) qui la lancera comme Deutsche Grammophon espérait peut être qu’il le soit cette année. Il lui faut des rôles plus aigus ! Belle homogénéité également dans le trio masculin : le ténor Alek Shrader (Ferrando) a les qualités et les défauts de sa jeunesse, on lui promet néanmoins une belle carrière (quel beau timbre!) ; Bo Skovhus ne fait qu’une bouchée de Don Alfonso ; enfin, Christopher Maltman, se voit attribuer au premier acte le superbe air de concert alternatif « Rivolgete a lui lo sguardo », air initialement prévu pour Guglielmo et remplacé juste avant la première exécution de l’opéra en 1790 par un air plus court (le très connu. Aucune prestation inoubliable donc comme la veille, mais une distribution jeune, homogène et pleinement impliquée.

Ce qui frappe en premier lieu chez les Musiciens du Louvre, c’est la puissance de l’orchestre, totalement inédite pour un ensemble jouant sur instruments anciens. Certes, les effectifs sont beaucoup plus fournis que ceux de l’Orchestra of the Age of Enlightment la veille, mais c’est surtout la battue large et presque romantique de Marc Minkowski qui en est à l’origine. A certains moments, emportés par leurs élans, lui et ses musiciens en couvriraient presque les chanteurs. Mais l’exécution musicale est de toute première ordre (un triomphe pour l’orchestre aux saluts), les Musiciens du Louvre ayant atteint un niveau de perfection technique impressionnant (aucun couac dans les vents par exemple). Le continuo, brillamment interprété par Francesco Corti au pianoforte, ne laisse aucun temps mort entre les morceaux avec de temps à autre, de petites improvisations a la René Jacobs.

Photos : salzburgerfestspiele.at

Cosi fan tutte à Salzbourg, une nouvelle réussite de Claus Guth
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