Claus Guth met en scène des Noces inoubliables à Salzbourg

L’inoubliable escalier des Nozze de Claus Güth

Mozart – Nozze di Figaro

Salzbourg, Haus für Mozart, 04.08.2011

Le festival de Salzbourg présentait cette année les trois opéras de Mozart/Da Ponte mis en scène depuis 2006 par Claus Guth. Les Nozze de ce soir, initialement dirigées par Harnoncourt, étaient reprises pour la quatrième fois, avec un casting quasi intégralement renouvelé (et au final le meilleur de la série).

C’est assez rare pour le signaler : si les satisfactions musicales ont été fréquentes, c’est la mise en scène de Claus Güth qui a impressionné tout au long de la soirée. Celle-ci est organisée autour de deux axes. D’une part, un escalier sur lequel les protagonistes se croisent, s’épient, s’allongent, s’embrassent. D’autre part, un personnage muet aux ailes d’anges (Cherubim) qui participe à l’action, joué par le virtuosissime Uli Kirsch (ancien champion du monde de vélo unicycle, et cela se voit dans la mise en scène !).

Uli Kirsch et Marlis Petersen

Éblouissante de bout en bout, la mise en scène ne laisse aucun temps mort, organisant la gestuelle des personnages autour de la partition musicale, avec une précision incroyable. Les protagonistes s’arrêtent soudainement de bouger, Cherubim arrive, les lumières se tamisent, etc. Bravo au passage à l’ensemble des chanteurs et techniciens pour arriver au niveau de perfection requis. Claus Güth séduit également par son refus de caricaturer ou de se moquer des personnages. C’est moins les rebondissements de l’action qui l’intéressent que les relations humaines, les scènes de séduction entre le Conte et Susanna ou les affrontements Conte/Contessa sont ainsi admirablement traités. Avec ces choix, c’est le personnage de Figaro qui est le plus en retrait (ce qui au passage est n’est pas gênant, le personnage étant à mon avis le moins intéressant musicalement du quintette principal). Pour couronner le tout, le spectacle est esthétiquement splendide.

L’Orchestra of the Age of Enlightment aura été ce soir le premier orchestre du festival à jouer Mozart sur instruments « anciens » (hors opéras de jeunesse), et on ne peut que se réjouir de cette orientation. Cependant, la direction du tout jeune chef Robin Ticciati ne convaint pas entièrement. Il hésite maladroitement entre deux options: celle originelle et ultra lente d’Harnoncourt et une autre plus traditionnellement baroquisante, avec tempi rapides et déferlement de trompettes naturelles et timbales. Le tout pour un résultat un peu bancal, même si les musiciens de l’OAE assurent de bout en bout. Et qu’est venu ce clavecin ferraillant et inaudible dans le continuo ? Regrettons aussi l’absence totale d’ornementation dans l’exécution vocale (alors que l’orchestre s’en donne à cœur joie).

Genia Kühmeier

La distribution est dominée par un duo Susanna/Contessa dont on ne souvient pas avoir entendu de si beau, ni sur scène, ni au disque.  Ancienne Reine de la nuit et superbe Donna Anna à Aix en 2010, Marlis Petersen possède maintenant les graves de Susanna, et sa voix n’a pas perdu le pétillant ni l’agilité de ses débuts. Quant à Genia Kühmeier, la beauté de ses phrasés et de ses aigus ont été inouis. Elle a recueilli les applaudissements les plus chaleureux pour son « Dove Sono », et au passage la montée au contre-ut du trio avec Susanna et le Conte du 3e acte n’a jamais été si bien réussie !

Le reste de la distribution, sans atteindre ces sommets, ne démérite pas. Simon Keenlyside connait son Conte Almaviva par cœur, son autorité scénique et sa puissance vocale (et physique, il doit en effet chanter son aria du 3e acte avec Uli Kirsch sur les épaules) faisant oublier la légère usure de sa voix. Katija Dragojevic chante et incarne Cherubino avec fragilité, réservant de très beaux moments sur scène. Si Erwin Schrott cabotine un peu trop en Figaro, il assure le rôle sans démériter (sans éblouir non plus). Enfin excellent seconds rôles, tous bien chantants (c’est loin d’être le cas dans les représentations de cet opéra!) en particulier Franz-Josef Selig (Bartolo) et Marie McLaughlin (Marcellina).

On l’a bien compris les quelques réserves sur l’exécution musicale n’auront pas gâché cette soirée touchée par la grâce, et qui tombe à pic après l’horreur intégrale vue cette saison à l’Opéra Bastille. Jetez vous donc sur le DVD de cette mise en scène, enregistré en 2006, même si la distribution y est beaucoup moins intéressante.

Photos : salzburgerfestspiele.at

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