Sympathique résurrection des Mystères d’Isis

Mozart/Lachnith – Les Mystères d’Isis – Paris, Salle Pleyel, 23/11/2013

Décors pour la création - Photo : ClassiqueNews.com
Décors pour la création – Photo : ClassiqueNews.com

Créés en 1801 au Théâtre de la République et des Arts (future Académie impériale de musique), ces Mystères d’Isis permirent au public parisien de découvrir pour la première fois la musique de la Flûte enchantée. Dans une version très particulière puisque ce pasticcio signé Ludwig Wenzel Lachnith, en langue française, se base sur un livret totalement remanié, redistribue les numéros musicaux et les tessitures (la Reine de la Nuit, Myrrène est par exemple une mezzo) et fait appel à d’autres œuvres mozartiennes (Don Giovanni, Figaro ou la Clémence de Titus).

La création fut un triomphe, en partie imputable à la fascination du public pour l’Egypte (la campagne de Bonaparte venait alors de s’achever). Un triomphe durable qui déclencha un véritable engouement parisien pour les œuvres lyriques de Mozart, même si ces dernières furent, dans la première moitié du XIXe siècle, rarement données dans leur langue et leur version originales. Ces Mystères furent d’ailleurs quelques années plus tard très critiqués, notamment par Berlioz qui traita Lachnith de tous les noms (crétin, profanateur, etc.) dans ses mémoires. Plus de deux siècles plus tard, c’est le Palazzetto Bru Zane qui permet au public parisien d’assister à cette résurrection ces Mystères d’Isis. La production a joué de malchance : Marianne Crebassa il y a quelques mois laissait sa place à Renata Pokupic ; Hervé Niquet  il y a quelques semaines la sienne à Diego Fasolis et Sandrine Piau il y a quelques jours la sienne à Chantal Santon-Jeffery (initialement prévue en 1e Dame).

La reconstitution présentée ce soir est rafraîchissante ; ce patchwork de morceaux de Mozart étant le plus souvent irrésistible et bien amené. Il est ainsi drôle d’entendre Pamina arriver avec l’air d’entrée de la Reine de la Nuit (sans le contre-fa final), de voir cette dernière (Myrrène) reprendre l’air « Or sai chi l’onore » de Donna Anna (transposé pour mezzo) ou encore d’assister à une transposition du célébrissime « Fin ch’han dal vino » de Don Giovanni en trio ! Toutefois cette écoute en forme de quiz devient à la longue un rien lassante, d’autant plus que le brave Lachnith a complété l’oeuvre de récitatifs accompagnés à la manière d’une tragédie lyrique française (et qui détonnent donc avec les extraits mozartiens) et, surtout et malheureusement, écrit certaines parties musicales pour le moins médiocres. A ce titre, la deuxième partie de la soirée est bien moins réussie que la première, ces Mystères apparaissant bien ringards tout à coup ! On aura également eu du mal à supporter le saucissonnage de certains airs tels ce « Non piu di fiori » (chanté par Vitellia dans la Clémence et ici par Myrrène/Reine de la nuit), complètement dénaturé au point qu’il en perd tout intérêt.

La réalisation musicale a sans aucun doute bénéficié de la venue de Diego Fasolis sur le projet, qui insuffle le punch qu’on lui connait à l’équipe. Il cherche néanmoins trop fréquemment le « coup d’éclat » et les applaudissements, à tel point qu’il laisse de longues et pénibles pauses entre certains morceaux (déjà que l’oeuvre n’est pas toujours bien agencée!). Il ira même, dans un moment un peu surréaliste à la fin du premier acte, jusqu’à demander au public, d’être un peu plus enthousiaste. Le Concert Spirituel est dans une bonne forme, puissant et théâtral à souhait, mais pas toujours précis (légers décalages, cordes pas très agréables, cuivres rarement en place). Impeccable et superbe prestation en revanche du Choeur de la Radio Flamande.

La distribution est homogène, relativement investie et au français bien déclamé, même si les choses se gâtent un peu dans l’ensemble dès que l’écriture vocale devient plus exigeante. On retient l’excellente prestation de Chantal Santon-Jeffery, pleine d’aplomb et de fraîcheur en Pamina, d’autant plus qu’elle est arrivée à la dernière minute sur le projet ; ainsi que la délicieuse Camille Poul, rayonnante 1ère Dame, qu’on rêve d’entendre prochainement dans un rôle plus fourni. A priori plus expérimentés, Renata Pokupic et Tassis Christoyannis déçoivent légèrement en Myrrène et Bochoris/Papageno ; alors que Sébastien Droy présente une incarnation sensible d’Isménor/Tamino, qui manque un peu d’éclat.

Une résurrection sympathique donc, en rien indispensable ; on se demande d’ailleurs s’il était utile de graver cette soirée sur disque (le concert était enregistré en live). N’y a-t-il pas d’œuvres plus passionnantes à enregistrer en ces périodes de vaches maigres, on pense notamment aux opéras de Haydn dont il n’existe pratiquement aucune version correcte au disque.

Sympathique résurrection des Mystères d’Isis
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