Rien que pour la Leonora de Netrebko …

Récital Anna Netrebko, Jonas Kaufmann, Erwin Schrott – Vienne, Stadthalle, 06.08.2011

Ce concert était le deuxième d’une série de trois, le « Gipfeltreffen der Stars » étant passé quelques jours auparavant par Munich, avant de rejoindre Berlin. Un concert comme on n’en verrait pas à Paris ? Oui, d’une part car la popularité des trois artistes est infiniment supérieure en Autriche ; d’autre part car ce type d’événement n’a rien de « choquant » dans le pays. A juste titre d’ailleurs, car si ce n’est une sonorisation très gênante (mais nécessaire la Stadthalle de Vienne étant l’équivalent du Zénith de Paris!), le programme de ce soir (détail ici), et son exécution, sont exemplaires. Rien à voir donc avec les « Aïda au stade de France » & co de chez nous. Un événement populaire comme on n’en voit pas en France donc ? Ce n’est sûrement pas si simple…

Il n’est pas difficile ce soir de faire la part des choses : d’un côté, Anna Netrebko et Jonas Kaufmann. De l’autre, Erwin Schrott,  dont la prestation reste bien anecdotique (les extraits de son album Rojotango), voire pénible (une ronde du veau d’or de Faust complètement baclée). Il n’y a qu’à écouter les deux trios présentés en fin de chaque partie (I Lombardi de Verdi et Faust de Gounod), pour voir le fossé qui le sépare de ses deux collègues. Son mariage avec Anna Netrebko lui aurait-il ouvert un peu trop rapidement certaines portes ? Jonas Kaufmann quant à lui excelle aussi bien dans l’opéra vériste que dans le délicieux « Du bist die Welt für mich » (Richard Tauber). Impeccables dans les deux extraits de Puccini (« Un bel di vedremo » et « O mio babbino caro »), où la puissance et l’homogénéité sur tout le registre de sa voix épatent, Anna Netrebko déçoit un peu dans le duo Manon/Des Grieux, à cause d’un français très peu intelligible.

Et puis, il y a eu ce moment inoubliable, qui pourrait justifier à lui seul le déplacement pour ce concert : la « prise de rôle » d’Anna Netrebko en Leonora du Trouvère. On sait que ce rôle lui fait envie (elle devrait la chanter en entier pour la première fois  au Liceu de Barcelone en 2013 avec Alagna?), on sent qu’elle l’a travaillé d’arrache-pied. En écoutant la scène du 4e acte chantée ce soir (avec en guest-star de luxe Jonas Kaufmann!), on se dit qu’elle n’a jamais aussi bien chanté : les graves sont maintenant puissants, l’engagement total, la prononciation exemplaire. Il y aussi ces aigus insolents de facilité, cette présence. Démonstration ici avec le même extrait chanté à Berlin et retransmis par la télévision allemande le 16 août.

Rien que pour la Leonora de Netrebko …
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