Arias de Verdi / Netrebko, Noseda

4star

 

Ah, comme on l’attendait cet album Verdi, qui allait enfin faire venir Netrebko sur de nouveaux horizons, loin des héroïnes belcantistes qui n’ont finalement jamais totalement convenu à sa voix. Elle l’a dit il y a quelques jours à Salzbourg, les coloratures c’est fini désormais ! On attendait le CD avec une certaine appréhension car, souvent inoubliable en live, la soprano russe n’a jamais complètement convaincu au disque (si ce n’est dans son album d’airs d’opéra russes).

Et c’est la première bonne surprise de ce disque : la soprano russe soigne son chant, notamment en termes de diction, d’exécution des lignes ; elle propose davantage de nuances avec de sublimes pianissimi dans les aigus. Jamais en difficulté (si ce n’est dans le boléro des Vêpres siciliennes, quelle idée de l’avoir inclus !), Netrebko donne l’impression d’une voix au zénith, insolente d’aisance et de santé. Elle est accompagnée de façon très professionnelle par l’orchestre de l’Opéra de Turin et son chef Gianandrea Noseda. Mais qui sait si un chef avec peu plus de poigne ne l’aurait pas emmenée encore plus loin ?

Car cet album ne vient-il pas un peu trop tôt ? Si elle l’avait enregistré ne serait-ce qu’un an plus tard, elle aurait eu l’occasion de tester plusieurs de ces rôles sur scène et aurait sans doute affiné leur caractérisation : sa lady Macbeth, qu’elle chante  – certes volontairement – avec un aspect « humain », est par exemple un rien trop appliquée.  C’est surtout en fin de programme qu’Anna Netrebko subjugue réellement : une Elisabetta de Don Carlo surdramatisée, tout en puissance, et en ce sens bien loin du portrait que peut en faire actuellement Anja Harteros (plus propre dans l’exécution, moins impressionnante de puissance). Et surtout une Leonora du Trouvère, pour le coup incroyable à tous les niveaux : bouleversante dans « D’amor sull’ali rosee », époustouflante d’investissement dans le Miserere (où Villazon lui donne la réplique) et la cabalette qui suit.

Alors ? Une très grande réussite et une deuxième partie de carrière qui démarre bien pour la soprano. Même si pour le frisson ultime, c’est comme toujours en salle qu’il faut entendre Anna Netrebko.

Arias de Verdi / Netrebko, Noseda
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