Les Noces de Figaro (Mozart) / Currentzis

stars 45

Mozart_currentzis_nozzeCe disque constitue le premier volet d’une intégrale des trois opéras écrits par Mozart et Da Ponte, dirigée par celui que l’on présente comme le plus rebelle des chefs d’orchestre actuels, le talentueux Teodor Currentzis. Un CD lancé avec fracas par le label Sony Classical, qui n’a pas manqué d’insister sur le caractère « révolutionnaire » du disque ou encore sur les conditions bien particulières de l’enregistrement : équipe perdue au fin fond de la Russie dans la ville de Perm (dont Currentzis dirige le théâtre lyrique). Remettons les pendules à l’heure : si le disque est une grande réussite, il se situe dans l’exacte lignée de l’évolution interprétative des opéras de Mozart des dernières années, il est en ce sens tout particulièrement influencé par le travail de René Jacobs.

En effet, dès l’écoute des premiers récitatifs, impossible de ne pas penser au chef gantois, notamment au travers de ces formidables interventions du pianoforte (Maxim Emelyanychev , éblouissant également dans les airs ou les ensembles). L’architecture sonore, la dynamique des tempi, l’attention au texte et au théâtre sont également la marque de fabrique de Jacobs, et il y a tout lieu de se réjouir qu’il ait enfin trouvé un digne successeur. L’ornementation est très présente et toujours juste, René Jacobs allait presque encore plus loin il y a quelques mois à la Salle Pleyel. La réalisation est en tout cas superbe à tous les niveaux : prise de son, virtuosité et couleurs de l’orchestre, prestation vocale de chacun jusqu’au moindre second rôle. La direction de Currentzis passionne à chaque instant : détails ou motifs instrumentaux soulignés, accentuations, etc.

Le chef se démarque néanmoins de Jacobs par le choix de voix pures et sans aucun vibrato, dont l’avantage est qu’elles se fondent à merveille dans les ensembles. Peut-être que le choix de Simone Kermes en Comtesse est discutable – la voix est complètement désincarnée -, mais l’artiste est comme toujours sensible et pleine de talent. Au sein d’une distribution sans faille – quel investissement et quel contrôle de la ligne vocale de tous ! -, se démarque le magnifique Comte de Andrei Bondarenko.

Teodor Currentzis l’a bien compris : il est impossible de chanter Mozart comme on le faisait il y a vingt ou trente ans, et c’est tant mieux. Plus que des « voix mozartiennes » (terme d’une absurdité sans nom), il faut des voix souples, de l’ornementation et une attention à l’œuvre prise comme un ensemble et non comme une succession d’airs. Une intégrale de très haut niveau donc, on attend avec impatience Cosi fan tutte (avec Simone Kermes et Malena Ernman, déjà enregistré) puis son Don Giovanni (enregistrement en 2014).

 

 

 

 

 

Les Noces de Figaro (Mozart) / Currentzis
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