Norma (Bellini) / Bartoli, Antonini

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normaDecca Classics avait lancé le projet à grand renfort de vidéos promotionnelles. La presse spécialisée française a flairé le mauvais coup et a quasi unanimement répondu par des chroniques peu enthousiastes du disque. Cecilia Bartoli a le droit d’être géniale, mais dans le baroque ou dans Mozart ; la musique du 19e siècle, c’est sacré, les « grands » chanteurs l’ont abordée. La Norma par (et pour) Cecilia Bartoli serait donc un disque honnête, relativement bien chanté, « dans un certain style », c’est-à-dire incapable de rivaliser avec les versions des grandes divas de l’époque (Callas, Sutherland, etc.). Oui, l’édition critique ici utilisée n’a rien de révolutionnaire ; oui, il y a déjà eu des Norma sur instruments anciens (Biondi, Spinosi) ; oui, il y a déjà eu ce rapport de voix Norma-mezzo/Adalgisa-soprano léger, etc. Et pourtant, on émettra ici un avis radicalement inverse : l’intégrale enregistrée par Decca est certes salutaire, rafraichissante, mais elle est avant tout vocalement et instrumentalement éblouissante.

Cette Norma est un choc sonore perpétuel qui s’opère dès les premières notes, saisissantes, de l’ouverture. Il faut dire qu’on n’attendait pas l’honnête orchestre La Scintilla dans une telle forme. De même, Giovanni Antonini délaisse enfin les brutalités de son Giardino Armonico pour diriger le chef d’oeuvre de Bellini avec passion et sensibilité. Cecilia Bartoli se joue des difficultés vocales du rôle titre et incarne, sans maniérisme, une bouleversante Norma.  Sumi Jo, totalement inattendue dans ce répertoire et à ce stade de sa carrière, mérite elle aussi tous les lauriers ; ses duos avec Bartoli, parfaitement équilibrés, sont un modèle d’exécution. John Osborn, ténor à la voix jeune et claire, complète parfaitement ce duo de choc. A l’heure où les intégrales lyriques sont si rares, cette Norma fera date !

Decca, 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

Norma (Bellini) / Bartoli, Antonini
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