Pelléas et Mélisande : enfin une production impeccable à l’ONP

Debussy – Pelléas et Mélisande – Paris, Opéra Bastille, 16.03.2012

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Anne-Sofie Von Otter, Stéphane Degout, Franz Josef Selig

Enfin! Après une succession de ratages mémorables (en tête les récents Faust et Manon, dans la droite lignée du Ring des saisons précédentes), l’Opéra National de Paris relève la tête avec cette reprise du Pelléas de Robert Wilson, emmené par une belle distribution.

S’il est bien un opéra auquel sied le systématisme du metteur en scène américain, c’est bien Pelléas et Melisande. En effet, avec son sens de l’épure et ses jeux de lumières (et d’ombres) sophistiqués, son univers – que nos lecteurs connaissent suffisamment pour que l’on s’abstienne de le décrire en détail – se marie particulièrement bien avec celui de Debussy, dont il relève la dimension poétique et onirique tout en évitant le piège d’un trop lourd symbolisme. On admire aussi l’économie de moyens dont il fait preuve pour faire ressortir la tension (entre Golaud et Pelléas notamment) ou encore pour nous faire toucher du doigt l’impalpable (voir à ce titre le superbe duo d’amour de la scène de la tour). Toutefois, la gestuelle imposée aux chanteurs par le metteur en scène apparaît souvent artificielle et semble par moments avoir pour unique fonction de faire du remplissage dans des scènes ayant moins inspiré Robert Wilson. Ceci est d’autant plus apparent que les mouvements ne sont pas impeccablement maîtrisés par les chanteurs, ces derniers n’ayant probablement pas été directement dirigés par Wilson.

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Stéphane Degout, Elena Tsallagova

Après Tannhäuser et avant Hippolyte et Aricie, Stéphane Degout est le grand triomphateur de la saison 2011/2012 de l’ONP. On ne sait à nouveau qu’ajouter au concert de louanges qu’entoure chacune de ses prestations. En Pelléas, il affiche encore une fois une voix pure, puissante, capable de se fondre dans n’importe quel répertoire, une diction parfaite. Belle révélation en Mélisande, la soprano Elena Tsallagova (qui chante beaucoup à Munich et qu’on a entendu à Paris dans des petits rôles du Ring), présente une voix délicieusement fraîche, joliment projetée, loin des sophistications de Dessay ou Piau (récentes partenaires de Degout dans cet opéra). Mais est vrai que le rôle n’a rien d’insurmontable. Vincent Le Texier présente un Golaud honorable, même s’il est loin de faire oublier les récentes performances de Laurent Naouri dans ce rôle. Enfin, prestations remarquées d’Anne-Sofie von Otter en Geneviève et du puissant Franz Josef Selig en Arkel.

La direction ciselée et précise de Philippe Jordan permet enfin de donner un peu de crédit à l’énorme et curieux investissement que l’ONP fait sur ce chef d’orchestre (mais par pitié tenez-le à l’écart de Mozart!). Les couleurs de l’orchestre, superbes comme à chaque fois dans ce répertoire, sont également pour beaucoup dans la réussite de la soirée.

Une très belle représentation donc, comme Paris, avec les moyens qui lui sont alloués et les prix des places pratiqués, devrait en présenter tous les soirs!

Photos : Kulturkompasset

Pelléas et Mélisande : enfin une production impeccable à l’ONP
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