Platée par Robert Carsen : à la folie !

Rameau – Platée – Paris, Opéra Comique, 20/03/2014

Note : photos de Monika Rittershaus, prises lors de la création de la production au Theater an der Wien

Simone Kermes (La Folie), Marcel Beekman (Platée)
Simone Kermes (La Folie), Marcel Beekman (Platée)

Année Rameau oblige, l’Opéra Comique propose une nouvelle production de Platée, oeuvre que les Parisiens connaissent bien puisque la production de Laurent Pelly/Marc Minkowski a été donnée à plusieurs reprises dans la capitale. Carsen est d’ailleurs omniprésent à Paris : il vient de proposer une version de la Flûte enchantée à Bastille et on le retrouvera bientôt – entre autres ! – dans la reprise des Capulets de Bellini, toujours à Bastille. On pouvait donc craindre un certain essoufflement, voire un manque d’inspiration, pour ce Platée créé il y a quelques semaines au Theater an der Wien avec la même équipe.

Cyril Auvity (Mercure), Marcel Beekman (Platée) & Marc Mauillon (Cithéron)
Cyril Auvity (Mercure), Marcel Beekman (Platée) & Marc Mauillon (Cithéron)

Robert Carsen a eu l’idée géniale de situer l’action dans le monde impitoyable et superficiel de la mode. Il faut dire que l’opéra de Rameau, qui narre les aventures de Platée, une nymphe extrêmement laide que Jupiter feint d’aimer pour égarer la jalousie de son épouse Junon, est d’une cruauté qui n’a que peu d’équivalent dans l’histoire de l’opéra . Cette transposition est irrésistible, et quel plaisir de voir ce soir un public rire – sans se moquer – face aux diverses péripéties de l’action. On n’oubliera pas de sitôt l’arrivée de Jupiter/Karl Lagerfeld dans le grand escalier ou la prestation de La Folie en Madonna-Lady Gaga, micro à l’appui. Mais Carsen n’accumule pas les scènes choc et délivre un travail d’une extrême précision, soulignant tel ou tel détail de la partition ou du livret avec grande intelligence. Pour parfaire le tout, signalons enfin la splendeur des décors et des costumes (Gideon Davey), ainsi que les chorégraphies toujours inventives de Nicolas Paul.

Edwin Crossley-Mercer (Jupiter)
Edwin Crossley-Mercer (Jupiter)

Côté chant, il faut louer une distribution certes pas inoubliable, mais homogène, et au style et à la diction impeccables. Marcel Beekman est avant tout un acteur incroyable et sa prestation en Platée est impressionnante, même si, vocalement, la tessiture très aiguë du rôle semble lui poser problème. Simone Kermes, comme on pouvait s’en douter, se lance dans des incroyables interpolations vocales dans le rôle de la Folie, et, si elle est scéniquement assez épatante, son timbre désincarné reste affaire de goût. Tous les autres rôles sont superbement chantés. Mention spéciale à Marc Mauillon, fidèle à lui même c’est-à-dire irréprochable et à la toute jeune Emilie Renard, venue du « Jardin des voix » de William Christie, et dont la rage en Junon laisse espérer de magnifiques incarnations futures (Phèdre ?). Enfin, les Arts Florissants – à qui Rameau convient tellement mieux que Haendel – sont ce soir impeccables, tout comme la direction allante de Paul Agnew. Un excellent spectacle donc, magnifié par la mise en scène de Robert Carsen.

Platée par Robert Carsen : à la folie !
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